Bartok, le Château de Barbe-Bleue
Première à l’Opéra de Paris - Garnier hier soir du Château de Barbe-Bleue (A Kékszakallu herceg vara) de Bartok, avec en prélude Journal d’un disparu, le cycle de 22 chants de Janacek. Mise en scène par le collectif catalan Fura dels Baus et dirigé par Gustav Kuhn.
Il est difficile de retranscrire l’émotion qui saisit le spectateur tout au long de l’opéra de Bartok parfaitement mis en scène par la Fura, et soutenu par la belle voix de Willard White, tout en finesse et retenue, profonde et calme, partageant la tension dans laquelle le personnage se trouve, entre l’amour à Judith et le terrible secret qu’il porte. Béatrice Uria-Monzon, Judith, est belle, incarne la fraicheur et l’innocence, dans sa robe blanche, transfigurée par son amour à Barbe-Bleue, mais aussi travaillée par une inquiétante étrangeté qui la mène à une fin qu’elle sent inéluctable. Les portes s’ouvrent les unes après les autres. La dernière est-elle l’interdit ultime, auquel Judith ne peut accéder qu’après s’être donnée à son mari et consentir au sacrifice. Sexe et mort, sang et innocence, Bartok et Bela Balazs, le librettiste, ont transcendé le conte de Perrault pour lui en retirer ses aspects moraux et rendre la noirceur des tourments qui agitent Barbe-Bleue. La musique est somptueuse, purement sensuelle, sans hystérie aucune, ni effet déplacé. Les voix se mêlent avec les belles nappes des cordes, les hautbois et les clarinettes scandent par moments l’action, qui prend alors un aspect presque de rituel. On ressort bouleversé par ce moment intense de musique et de chant, superbement soutenu par la vision imagée et poétique de la Fura. L’expérience en direct de l’opéra prend tout son sens dans ce spectacle, l’émotion est clairement véhiculée par la présence dans un même lieu de tous les intervenants. C’est un opéra sensuel et physique.
Le cycle de Janacek donne à entendre une musique subtile, se dépliant bien au fil des chants et d’une action poétique qui laisse à l’imagination suffisamment d’espace pour flotter. En revanche, la mise en scène ici n’a servi ni la musique ni les chanteurs, malheureusement.
Un commentaire
- praline a répondu :
Tout à fait d’accord, la mise en scène du Journal d’un disparu tient du n’importe quoi ! Mais celle de Barbe-Bleue sert délicieusement le spectacle.
19-02-2007 à 2:14 am. Permalink.