Yves Klein, le bleu, le rose et l’or

29-01-2007. Par Patrick

La sainte Trinité de Klein, les trois couleurs qui constituent son programme et qu’il a utilisées dans toute son oeuvre.
Une trajectoire fulgurante et cohérente qui s’est déployée dans la matière, dans les éléments, l’eau, le feu, la terre, l’air. Trajectoire arrêtée trop tôt en plein vol (le saut de l’ange dans le vide ?) par une crise cardiaque, alors que la synthèse déjà s’opérait dans ses recherches et ses actions artistiques. Prémonition ? La synthèse que l’on voit sur une oeuvre tardive, pierre tombale d’or, un (faux) bouquet de roses et une éponge bleue IKB.

Les séances d’anthropométrie, avec leur cérémonial légèrement burlesque (le public attentif et sagement assis, les musiciens lorgnant franchement le corps dénudé et enduit de bleu des mannequins se trémoussant dans la peinture et aplatissant leurs formes certaines sur la toile virginale, l’artiste tel un démiurge les sculptant dans l’espace). L’érotisme est là, violent, sensuel.

Cependant on est stupéfait par la beauté même du résultat, des toiles, des couleurs, des grands aplats de bleu ou de rose, des assemblages de feuilles d’or, des toiles brûlées qui reprennent la sainte Trinité (à la base de la flamme de gaz, le bleu, qui se déploie en rose profond dans son coeur pour se diluer dans l’air en or) et aux empreintes-estampes des corps, traces éternelles des peaux et de la matière sur une toile. On hésite même à appeler ces oeuvres-là toiles, tant la présence-absence des corps les rend vivantes, respirant encore au même rythme que l’imprégnation de la peinture par l’effet du frottage et du massage de ces corps sur elles.

Yves Klein tel un Rimbaud s’est imprégné du monde qui l’entoure pour en sublimer la vie. C’est une oeuvre d’une grande force vitale, qui n’a pas pu être menée sans conséquence fatale pour l’artiste. Il devait le savoir, lui qui s’est jeté à corps perdu dans l’action.
Quelques jours encore au Centre Pompidou pour les retardataires.

Français, culture. 2 Comments.

2 commentaires

  1. Marie Ferran a répondu :

    Je trouve que tu fais une très belle et poétique synthèse de la visite de l’exposition.

    30-01-2007 à 1:04 pm. Permalink.

  2. Guy Ferran a répondu :

    D’accord sauf … la première partie de l’expo, c’est quand même de la provoc voire du foutage de gueule. La vente de l’oeuvre immatérielle, la pièce de théâtre sans comédiens, ni spectateurs, ni auteur. L’expo aux murs blancs que l’oeuvre envahit par sa présence absente …
    Le canular c’est marrant; Dali faisait ça mieux, je trouve, car lui faisait le clown quand Klein pontifie avec un sérieux ridicule.
    Le mariage c’est du Coluche d’opérette.
    Mais les filles projetées, les éponges minéralisées, l’or cinétique, le feu dompté, oui tout ça c’est beau.

    5-02-2007 à 9:41 pm. Permalink.

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