Jeunesse et immigration
Deux articles dans Le Monde ont retenu mon attention. Je les mets en parallèle. Il y est question de la jeunesse ; d’une part, de la jeunesse marocaine qu’il faut sauver à tout prix de la misère si l’on veut éviter qu’elle sombre dans le fanatisme par l’écrivain Abdellah Taïa; d’autre part, d’une étude des Nations Unies qui montre que les pays riches auront besoin d’une immigration massive pour faire face au vieillissement de la population. Cette dernière étude ne manque pas de piment en cette période électorale où beaucoup trop de gens pensent que les étrangers sont à l’origine de tous leurs maux!
Pour le cosmopolitisme
Ce matin sur France-Culture, la chronique d’Olivier Duhamel (disponible une semaine en stream ou en podcast) remet en perspective certaines déclarations tonitruantes du candidat de l’UMP. Duhamel évoque le cas de trois jeunes personnes qui, entrées en France dans leur enfance comme immigrées en ne parlant pas le français, portent aujourd’hui au plus haut la langue qu’ils ont apprise pendant leur scolarité.
Demander à connaître la langue française, dans le cadre du regroupement familial, avant de rejoindre la France semble une fois de plus procéder d’une posture électoraliste, faite de clins d’oeil à la frange extrême, comme le fait cette proposition de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale.
La décision pour la majorité de l’humanité de quitter son pays, sa famille, sa langue, n’est généralement pas le fait d’un choix, comme celui que nous avons, nous, en Europe occidentale, de partir quand bon nous semble et de nous installer ailleurs. La plupart des immigrés qui débarquaient à Ellis Island ne savaient probablement pas un mot d’anglais à leur arrivée. Cela ne les a pas empêchés de s’établir, de prospérer et de participer à l’aventure américaine. Et notamment par l’intermédiaire de leurs enfants. Parce que c’est bien à travers les enfants qui apprendront, tels des éponges, le français que la jonction entre leurs parents déracinés et la République se fera. Education, accueil et ouverture aux autres feront rayonner d’autant plus la langue française.
Résolument, nous devons nous placer dans une ambition cosmopolite et laïque, sans réserve.
Vienne n’a jamais été aussi éclatante quand au tournant du 20e siècle, venus de toutes les régions de l’empire austro-hongrois, les langues et les cultures se croisaient, s’entretenaient mutuellement dans un dialogue fervent et favorisaient l’éclosion des idées et de la culture, dans un cosmopolitisme laïque et éclairé. La passion et le repli nationalistes, quand ils ont repris le dessus et chassé le cosmopolite ont aussi précipité la fin de l’empire. Les exemples historiques abondent, il n’y a que le brassage qui fait avancer.
Cosmopolites de tous les pays, réveillez-vous !