Filet à thons

29-05-2007. Par Marie Ferran.

Quel genre d’hommes sommes-nous pour laisser ainsi dériver pendant trois jours des naufragés accrochés à un filet ou plutôt à une cage d’élevage de thons?

La cage était tirée par un remorqueur maltais.

Le remorqueur n’a pas permis à ces hommes de monter à son bord.

Malte préfère accueillir d’autres hommes, d’autres touristes, des boat-people d’une autre catégorie!

Les pauvres sont traités comme des déchets, les déchets sont traités par les pauvres.

Les déchets de Naples seront expédiés en Roumanie, et pourquoi pas balancés en mer dans un filet de pêche? Les pays pauvres ne manquent sur cette terre, nous trouverons certainement des volontaires pour accueillir nos détritus.

Qui ramasse nos poubelles en France? Des Français ? Combien sont-ils?

Nous vivons une époque formidable, profitons-en chaque jour!

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Laissez mourir Tintin

23-05-2007. Par Marie Ferran.

Pitié pour les lecteurs, laissez mourir Tintin!

Son père, Hergé, aurait eu cent ans et les héritiers, en particulier le second mari de la veuve, se demandent comment pousser la vente des albums d’un héros qui vit toujours les mêmes aventures? Le père ne souhaitait pas que son personnage soit repris par d’autres créateurs comme l’ont été le Marsupilami, Lucky Luke ou encore Blake et Mortimer qui connaissent désormais des aventures fadasses. Tintin m’a fait rêver et frissonner à une époque où les bandes dessinées étaient presque toutes proscrites de la maison et où la télévision était absente.

Mais Tintin se fait vieux malgré son visage imberbe ; son graphisme n’a pas pris une ride, mais ses aventures reflètent son époque, il suffit d’évoquer Tintin au Congo (1931). Son air étonné, ses exclamations démodées comme “sapristi” et “eurêka” laissent les jeunes indifférents. Il va revivre grâce au cinéma avec Spielberg. Laissons mourir Tintin, car ce héros asexué ne s’est pas reproduit et tant mieux. Ou alors faisons-le revivre poilu, baiseur et corrompu.
Voir un article du Monde ici.

culture. 3 commentaires.

Poissons amarrés et poissons perdus

22-05-2007. Par Marie Ferran.

Les droits de l’homme et les libertés du monde sont-ils autre chose que des poissons perdus? Et les idées et les opinions des hommes? Et, en eux, le principe de la croyance religieuse? Et les pensées des grands esprits sont-elles autre chose que poisson perdu pour les rhéteurs, maîtres de la contrebande verbale? Notre globe terrestre n’est-il pas lui-même un poisson perdu? Et toi, lecteur, qu’es-tu donc, sinon tout ensemble un poisson amarré et un poisson perdu?”

Extrait de Moby-Dick, d’Herman MELVILLE, traduction de Philippe JAWORSKI, Gallimard, La Pléiade, 2006, p. 438 (chap. LXXXIX, Poissons amarrés et poissons perdus)

Dans ce chapitre 89, Melville explique quelques lois et règlements en vigueur dans la pêche baleinière. En effet, une baleine peut avoir été touchée par un navire puis s’être échappée et finalement être capturée par un autre équipage. La carcasse peut aussi avoir été arrachée du flanc du navire à la suite d’un violent orage, elle peut avoir coulé et être remontée à la surface loin de l’équipage qui l’avait capturée. Il est donc d’usage de marquer la bête d’un pavillon. Tout le chapitre est consacré à la discussion de la loi, à savoir:
1. Un poisson amarré appartient à celui qui l’a amarré
2. Un poisson perdu appartient au premier qui l’attrape.
De ce problème concret et technique illustré par un exemple de jugement, Melville tire la conclusion générale citée plus haut qui clot ainsi le chapitre.

Fast-fish and Loose-Fish:

“What are the Rights of Man and the Liberties of the World but Loose-Fish? What all men’s minds and opinions but Loose-Fish? What is the principle of religious belief in them but a Loose-Fish? What to the ostentatious smuggling verbalists are the thoughts of thinkers but Loose-Fish? What is the great globe itself but a Loose-Fish? And what are you, reader, but a Loose-Fish and a Fast-Fish, too?”

W.W. Norton & Co, New-York, Londres, 2002, p. 310.

littérature. 2 commentaires.

Krystof Warlikowski

14-05-2007. Par Marie Ferran.

A écouter, l’entretien du metteur en scène de L’Affaire Makropoulos, (l’opéra de Janacek évoqué hier) sur France Culture ici.
Warlikowski a réussi le pari du spectacle total.

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L’affaire Makropoulos

13-05-2007. Par Marie Ferran.

Opéra en trois actes de Leos JANACEK d’après la comédie homonyme de Karel CAPEK (1922). A l’Opéra Bastille jusqu’au 18 mai.

Un opéra à découvrir pour sa musique comme pour le thème du livret: C’est la brièveté de la vie qui en fait son prix.

Une femme, contrainte d’avoir bu un filtre magique, vit depuis plus 300 ans. Le mythe de l’immortalité est habilement introduit par des extraits de films qui commencent avec la mort de Marilyn Monroe, puis qui la présentent radieuse et sensuelle. Cette technique, qui dans un premier temps m’avait agacée par son côté immédiatement séducteur, s’est avérée efficace et l’Emilia Marty incarnée admirablement par Angela DENOKE n’a rien à envier aux stars hollywoodiennes (la voix en plus). L’opéra est également ponctué d’extraits du Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard) avec Gloria Swanson, star déchue du muet vivant dans le fantasme de son grand retour sous les projecteurs. Une réserve cependant pour ce King Kong grandeur nature qui a mon avis, n’a pas grand chose à faire ici, si ce n’est d’accentuer le mythe hollywoodien de la monstrueuse séduction. Des réserves aussi pour la scène située dans les toilettes, la star assise sur la cuvette, l’homme se trainant devant les urinoirs. Cette scène ne choque probablement plus personne (et encore sait-on jamais!) et me semble inutile à la beauté des voix et de la musique.

L’affaire Makropoulos est à voir, à écouter, à lire. L’écrivain Tchèque Karel CAPEK (1890-1938) spécialisé dans la science fiction naissante est notamment à l’origine du mot robot (RUR) et passionné par l’homme-machine et l’homme immortel.

Sur le site de l’Opéra national de Paris, vous trouverez, outre les informations pratiques complètes, un texte à lire avant de réserver pour le spectacle: http://www.operadeparis.fr/Saison-2006-2007/A-lire.asp?Id=1018

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Drapeaux & co

13-05-2007. Par Marie Ferran.

Je n’aime pas les drapeaux, ni les “bagnes” pour mineurs, mais entre le drapeau et le Ministère de l’identité nationale ? Mieux vaut un morceau de tissu tricolore. Mais les Français  ont choisi de renforcer leur identité par l’administration. Heureusement, la France est en Europe et il existe des organisations comme Amnesty International qui nous protègeront peut-être des dérives vichystes de quelques fonctionnaires zélés.

La France a un nouveau président, ses citoyens peuvent donc préparer tranquillement leurs vacances et rêver sans limites aux diverses destinations lointaines et exotiques grâce à leurs nouveaux passeports électroniques.

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BHL Royal

11-05-2007. Par Marie Ferran.

J’aime l’hommage rendu par Bernard Henry Lévy à Ségolène Royal (http://www.betapolitique.fr/spip.php?article0825), c’est un beau texte d’un homme qui soutient une femme — ils ne sont pas si nombreux, surtout quand la femme s’affirme l’égale de l’homme. Les femmes ne défendent pas les femmes, c’est ce qui m’attriste le plus je crois. La route est longue. Quand la femme se met en colère elle est castratrice et autoritaire. Quand l’homme se met en colère, il est fort, puissant.

Politique. Un commentaire.

Les grilles du jardin du Luxembourg

10-05-2007. Par Marie Ferran.

Aujourd’hui 10 mai, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy qui est contre la repentance, mais qui aura certainement l’air contrit de circonstance seront ensemble pour commémorer l’abolition de l’esclavage dans le jardin du Luxembourg. Les deux présidents vont dévoiler une sculpture en bronze de Fabrice Hyber. Le choix de l’artiste est intéressant, on verra ce que ça donne, car la cérémonie est tout sauf publique, des barrières Nadar entourent le périmètre depuis tôt ce matin, seuls peuvent y pénétrer officiels et journalistes, ainsi que les camions des différentes télévisions. Les promeneurs et joggeurs sont fouillés avant de pouvoir se rendre dans le jardin dont le périmètre est aujourd’hui réduit. Hier, tout le quartier était en état de siège avec les CRS en tenue Ninja et un énorme déploiement de force, la peur de l’hypothétique prise de la Sorbonne par les quelques étudiants, libertaires, contestataires, excités (je ne sais qui ils sont exactement) rassemblés place St.-Michel et un peu plus loin à Port-Royal, un groupe d’extrême droite réuni pour commémorer la mort d’un des leurs il y a douze ans. Une zone tampon a donc été créée et il n’y eut heureusement pas d’incident, seulement des arrestations massives des gens qui pénétraient dans la zone tampon. On se croirait en guerre. Je voudrais que ces violences s’arrêtent, je suis contre toute forme de violence. Il y a eu des élections démocratiques et libres, il faut respecter le scrutin, sans cela nous nous exposons à un état de plus en plus policier.

Les barrières, je n’en veux pas, je veux pouvoir continuer à vivre librement, pouvoir me promener partout. Les barrières me renvoient aux grilles du jardin du Luxembourg qui depuis plusieurs années maintenant servent de cimaises “les plus belles cimaises du monde” (d’après le site du Sénat http://www.senat.fr/evenement/sahel/index.html) pour des expositions de photographies, expositions gratuites 7/7j, 24/24h avec éclairage nocturne et légendes en français, anglais et japonais, on arrête pas le progrès et au moins on ne va pas mourir idiot! Je ne boude pas la culture populaire simplement, j’aime pouvoir me promener dans la verdure sans être bombardée d’informations, des images, il y en a déjà partout et des belles. La beauté juxtaposée, ainsi rassemblée, affichée ne suscite chez moi pas d’émotion. En ce moment le Sénat propose “Sahel, l’homme face au désert”, 80 photos de Roberto Neumiller au bénéfice de SOS Sahel. L’intention est louable mais un commentaire comme “La planète va très mal et le Sahel encore plus” est-il productif, positif, utile? Finalement, je crois que ce qui me dérange les plus, ce sont ces tranches de vies affichées, ces hommes, ces femmes, ces enfants sur lesquels on s’apitoie et qu’on admire aussi. Il y a peu, l’Unicef nous offrait sur les mêmes grilles les enfants du monde entier, tous si beaux, les petits sont toujours beaux y compris les animaux, mais une fois grands, ils n’intéresseront plus personne, et surtout qu’ils restent chez eux, accrochés sur des grilles, bien arrimés, à bonne distance. Nous pouvons ainsi nous attendrir et nous dire que nous vivons dans un monde merveilleux chez nous à Paris, bien au chaud. J’imagine une exposition de photographies à Bamako, notre civilisation exposée, moi venant d’accoucher dans ma chambre d’hôpital, les enfants dans leur classe, mon mari au travail, un chien en train de chier sur le trottoir (…) Qu’en penseraient les Maliens, ils trouveraient probablement cela très comique. Moi je pense aux expositions coloniales qui ont eu lieu chez nous, expositions dans lesquelles on montrait des tribus entières qui grelotaient devant leurs huttes reconstituées. Aujourd’hui en France, le droit à l’image est contrôlé, on ne peut plus photographier quelqu’un dans la rue sans lui masquer les yeux, ce qui probablement excessif, mais pourquoi alors cette loi n’est-elle pas valable pour les autres, les Africains, les Chinois, etc.

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Le degré zorro de la culture

6-05-2007. Par Patrick.

Nicolas Sarkozy fête à la Concorde sa victoire. Avec des stars, d’immenses stars. Mireille, Enrico, Jean-Marie, Johnny, Gilbert and co. On a aussi vu Richard V. (Virenque), l’immense cycliste, et Doc Gyneco (ah non il n’y est pas, il doit être en retraite dans un monastère pour se préparer à son futur ministère de la culture. Renaud D. de V. a du souci à se faire).

Sacré Jean-Pierre Verheggen, le poète de la Belgitude, qui nous a donné ces beaux écrits visionnaires, le Degré zorro de l’écriture, et aussi, Ridiculum Vitae.

On est parti pour une belle rigolade culturelle.

Mise à jour : Daniel Schneidermann donne un point de vue tout-à-fait intéressant sur la possible stratégie médiatique de Nicolas Sarkozy, et sur le détournement des vraies questions au profit d’une critique facile à faire sur les dérives “people”. “Et si on commençait par ne pas le regarder, sur son yacht ?“.

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Prix Emmanuel-Roblès (Blois)

6-05-2007. Par Marie Ferran.

Mon roman Terrasse a été pré-sélectionné pour le prix Emmanuel-Roblès, prix des lecteurs de la ville de Blois-Agglopolys. Sur la base d’une sélection de premiers romans effectuée par l’Académie Goncourt et le Comité Roblès, un nombre important de comités de lecteurs (bibliothécaires, lycéens, libraires, étudiants, adhérents d’associations, détenus de la maison d’arrêt, comités d’entreprise) se sont regroupés pour travailler sur la sélection.

Je fais partie des six auteurs retenus avec Barbara CONSTANTINE, Allumer le chat (Calmann-Lévy); Virginie LANGLOIS, Les sabliers du temps (Actes Sud); Carole MARTINEZ, Le coeur cousu (Gallimard); Philippe POLLET-VILLARD, L’homme qui marchait avec une balle dans la tête (Flammarion); Houda ROUANE, Pieds-blancs (Philippe Rey).

La remise officielle de la bourse d’un montant de 5000 € aura lieu le vendredi 1er juin 2007 à Blois en présence de l’Académie Goncourt (Edmonde CHARLES-ROUX et Didier DECOIN) après une rencontre-débat avec les auteurs.

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