Les grilles du jardin du Luxembourg
Aujourd’hui 10 mai, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy qui est contre la repentance, mais qui aura certainement l’air contrit de circonstance seront ensemble pour commémorer l’abolition de l’esclavage dans le jardin du Luxembourg. Les deux présidents vont dévoiler une sculpture en bronze de Fabrice Hyber. Le choix de l’artiste est intéressant, on verra ce que ça donne, car la cérémonie est tout sauf publique, des barrières Nadar entourent le périmètre depuis tôt ce matin, seuls peuvent y pénétrer officiels et journalistes, ainsi que les camions des différentes télévisions. Les promeneurs et joggeurs sont fouillés avant de pouvoir se rendre dans le jardin dont le périmètre est aujourd’hui réduit. Hier, tout le quartier était en état de siège avec les CRS en tenue Ninja et un énorme déploiement de force, la peur de l’hypothétique prise de la Sorbonne par les quelques étudiants, libertaires, contestataires, excités (je ne sais qui ils sont exactement) rassemblés place St.-Michel et un peu plus loin à Port-Royal, un groupe d’extrême droite réuni pour commémorer la mort d’un des leurs il y a douze ans. Une zone tampon a donc été créée et il n’y eut heureusement pas d’incident, seulement des arrestations massives des gens qui pénétraient dans la zone tampon. On se croirait en guerre. Je voudrais que ces violences s’arrêtent, je suis contre toute forme de violence. Il y a eu des élections démocratiques et libres, il faut respecter le scrutin, sans cela nous nous exposons à un état de plus en plus policier.
Les barrières, je n’en veux pas, je veux pouvoir continuer à vivre librement, pouvoir me promener partout. Les barrières me renvoient aux grilles du jardin du Luxembourg qui depuis plusieurs années maintenant servent de cimaises “les plus belles cimaises du monde” (d’après le site du Sénat http://www.senat.fr/evenement/sahel/index.html) pour des expositions de photographies, expositions gratuites 7/7j, 24/24h avec éclairage nocturne et légendes en français, anglais et japonais, on arrête pas le progrès et au moins on ne va pas mourir idiot! Je ne boude pas la culture populaire simplement, j’aime pouvoir me promener dans la verdure sans être bombardée d’informations, des images, il y en a déjà partout et des belles. La beauté juxtaposée, ainsi rassemblée, affichée ne suscite chez moi pas d’émotion. En ce moment le Sénat propose “Sahel, l’homme face au désert”, 80 photos de Roberto Neumiller au bénéfice de SOS Sahel. L’intention est louable mais un commentaire comme “La planète va très mal et le Sahel encore plus” est-il productif, positif, utile? Finalement, je crois que ce qui me dérange les plus, ce sont ces tranches de vies affichées, ces hommes, ces femmes, ces enfants sur lesquels on s’apitoie et qu’on admire aussi. Il y a peu, l’Unicef nous offrait sur les mêmes grilles les enfants du monde entier, tous si beaux, les petits sont toujours beaux y compris les animaux, mais une fois grands, ils n’intéresseront plus personne, et surtout qu’ils restent chez eux, accrochés sur des grilles, bien arrimés, à bonne distance. Nous pouvons ainsi nous attendrir et nous dire que nous vivons dans un monde merveilleux chez nous à Paris, bien au chaud. J’imagine une exposition de photographies à Bamako, notre civilisation exposée, moi venant d’accoucher dans ma chambre d’hôpital, les enfants dans leur classe, mon mari au travail, un chien en train de chier sur le trottoir (…) Qu’en penseraient les Maliens, ils trouveraient probablement cela très comique. Moi je pense aux expositions coloniales qui ont eu lieu chez nous, expositions dans lesquelles on montrait des tribus entières qui grelotaient devant leurs huttes reconstituées. Aujourd’hui en France, le droit à l’image est contrôlé, on ne peut plus photographier quelqu’un dans la rue sans lui masquer les yeux, ce qui probablement excessif, mais pourquoi alors cette loi n’est-elle pas valable pour les autres, les Africains, les Chinois, etc.
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