Laissez mourir Tintin
Pitié pour les lecteurs, laissez mourir Tintin!
Son père, Hergé, aurait eu cent ans et les héritiers, en particulier le second mari de la veuve, se demandent comment pousser la vente des albums d’un héros qui vit toujours les mêmes aventures? Le père ne souhaitait pas que son personnage soit repris par d’autres créateurs comme l’ont été le Marsupilami, Lucky Luke ou encore Blake et Mortimer qui connaissent désormais des aventures fadasses. Tintin m’a fait rêver et frissonner à une époque où les bandes dessinées étaient presque toutes proscrites de la maison et où la télévision était absente.
Mais Tintin se fait vieux malgré son visage imberbe ; son graphisme n’a pas pris une ride, mais ses aventures reflètent son époque, il suffit d’évoquer Tintin au Congo (1931). Son air étonné, ses exclamations démodées comme “sapristi” et “eurêka” laissent les jeunes indifférents. Il va revivre grâce au cinéma avec Spielberg. Laissons mourir Tintin, car ce héros asexué ne s’est pas reproduit et tant mieux. Ou alors faisons-le revivre poilu, baiseur et corrompu.
Voir un article du Monde ici.
3 commentaires
- Eric DE CORTE a répondu :
Soit, s’il devait survivre à notre époque, il devrait sans doute entrer dans le moule si exactement décrit, comme la plupart des BD et films français actuels (poilu, baiseur et corrompu). D’accord, mieux vaut des funérailles (inter)nationales que la déchéance. Je comprends moins les connotations négatives relatives à ce créateur génial qu’était Hergé, sans aucun doute le plus grand de la BD, ce qui ne se reflète pas, p. ex., dans le nouveau Larousse, où certains inconnus de la BD française le précèdent curieusement. Chauvinisme ? Choix politique de la direction du Larousse ? Hergé n’était pas homme de mode, il n’adhérait pas non plus à la vision ou à la morale de l’homme nouveau généreusement partagée par une certaine presse. Mais en citant uniquement Tintin au Congo, sa première oeuvre véritable (Tintin au pays des Soviets en était encore au stade de l’essai), vous confinez Hergé dans son humour naïf des débuts. Pour comprendre son art, il faut avoir relu en finesse Les bijoux de la Castafiore, Le secret de la Licorne et tous les autres. Peut-être faut-il aussi pouvoir comprendre certains détails parfois déclinés dans un langage étrange, comme cette devise du roi de Syldavie : “Hei bennek hei blavek”, qui sonne indubitablement syldave, mais en patois flamand, cela signifie : “J’y suis j’y reste”
(sur le trône à Szôhôd, pâr lês moûstâches de Pleksy Gladz). Sans compter la formidable connaissance des caractères humains manifestée au travers de ses personnages, les incroyables réparties … Aucun effet technique, bien entendu, ni de grossièreté, en cela je vous le concède, il n’est plus de notre époque. Je suppose que vous avez lu “L’éloge de la folie” de cet immense humaniste qu’était Erasme ? Il faut aussi pouvoir faire abstraction de certaines expressions propres aux humanistes de son temps, références aux auteurs grecs et autres, pour apprécier la caricature qu’il brosse de ses contemporains (tout le monde y passe, sans que personne ne soit nommé, pourtant d’aucuns ont tenté d’obtenir sa condamnation); on rit franchement, car,au fond, rien n’a changé. Je crois personnellement que c’est cela, lire, pas survoler des séquences d’une aventure quelconque, ni chipoter à des boutons.24-05-2007 à 1:02 pm. Permalink.
- Marie a répondu :
Quand je dis “laissez mourir Tintin” c’est justement pour qu’il survive tel qu’il est, intact. Il est immortel. Je critique le “marchandising” (les figurines sans âmes qui prennent la poussière sur les étagères et autres cheminées) autour des albums, l’exploitation du personnage. Tout n’est qu’une question d’argent, pas de respect de l’oeuvre.
24-05-2007 à 1:21 pm. Permalink.
- Eric DE CORTE a répondu :
Eh oui, comme dit le Grand Schtroumpf : on se fait parfois schtroumpfement schtroumpfer.
25-05-2007 à 10:42 am. Permalink.