Terrasse et le biographique
Je prépare une réflexion sur la biographie et Terrasse (Seuil, 2006). A chaque interview, à chaque rencontre, je me retrouve à devoir justifier mon sujet. J’ai pourtant choisi d’écrire un roman et pas un récit.
Si j’avais eu envie de parler de moi, mon personnage principal aurait-il été un homme?
Il y a cependant des choses de ma vie que je voulais décrire, le jardin de mon enfance, le potager dans lequel je chassais les papillons, les choses le plus belles.
A suivre…
Boulevard de la mort - Quentin Tarentino
Boulevard de la mort ou Death proof, film d’épouvante et d’horreur de Quentin TARENTINO (1h50 min). Premier segment d’un dyptique appelé Grindhouse. Mike cascadeur psychopathe est incarné par un Kurt Russell particulièrement effrayant et ringard.
Les vraies héroïnes de Quentin sont les filles, les femmes. Elles sont belles, libres, potelées, musclées (il y en a pour tous les goûts) elles s’amusent se bourrent la gueule entre copines. Elles vivent dans des bleds (Texas, Tennessee), sortent dans boites de “red neck”. Donc, l’univers décrit ici n’est pas vraiment intellectuel, disons que nous sommes loin du quartier latin.
Cependant, ce qui m’intéresse dans le film — il faut pouvoir supporter la laideur de l’affiche et quelques scènes d’une violence spectaculaire et sordide — c’est la virilisation de la femme par Tarentino. Il nous avait déjà gâté avec Uma Thurman dans Kill Bill 1 & 2 et ici, il continue. Il nous offre de nouveaux modèles féminins à la fois sexys et durs. Je n’ai rien contre le sexe dit “fort”, au contraire j’aurais plutôt des faiblesses pour ce sexe là, mais la scène finale m’a fait éprouver une joie jusque là ignorée de moi et inquiétante.
Tarentino risque de rencontrer quelques problèmes avec son public — la salle était vide — essentiellement masculin traditionnellement intéressé par les poursuites de voitures, public qui risque quand même de sortir de ce film légèrement effrayé par cette nouvelle catégorie de femmes ici mises en scène.

Prix Montalembert
Le prix Montalembert du premier roman de femme 2007 a été décerné à Emily TANIMURA pour La tentation de l’après (Gallimard). Le jury présidé cette année par Irène FRAIN avait sélectionné douze romans et en avait retenu trois; Stéphanie POLAK pour Route Royale (Stock) et moi-même pour Terrasse (Seuil). Merci aux organisateurs Dominique Simon de l’unité de recherche Ecritures de la modernité (CNRS/Sorbonne Nouvelle), à Fabrice Bonardi cofondateur du concours George Sand des nouvelles de femmes et à Myriam Kournaf directeur de l’hôtel Montalembert.
Pour le communiqué de presse :
Prix Montalembert 21 juin 2007
Linosa se profile à l’horizon…
L’île de Linosa au Sud de la Sicile se profile à l’horizon…
Cette pélagie est décrite dans Terrasse (Seuil, 2006). Le roman a été retenu pour le prix Montalembert qui sera attribué mercredi 20 juin. Deux autres candidates ont été retenues.

Hippopotames
Dans mon prochain roman, un long passage est consacré aux hippopotames du fleuve Zambèze, c’est pour cela que le documentaire (Bataille sur le grand fleuve) de Jean Rouch évoqué ci-dessous, en plus de sa qualité, m’a laissé une vive impression.
Une visite récente au Zoo de Vincennes m’a donné l’occasion d’observer à loisir deux individus de cette espèce, deux, je devrais dire l’un deux, car la femelle était immergée sous le mâle et se contentait de sortir la tête de temps à autre pour respirer bruyamment. J’ai donc eu la chance d’assister à un accouplement d’hippopotames à quelques mètres de moi seulement sans craindre pour mes jours. J’ai filmé la scène, mais malheureusement le film s’est détruit lors du téléchargement sur l’ordinateur. Il me reste quelques photographies et le souvenir des commentaires des visiteurs très surpris de découvrir ce qu’ils étaient en train d’observer en toute innocence.
Cocorico! Monsieur Poulet
Road movie franco-nigérien de Dalarou (pseudonyme pour Damouré Zika, Lam Ibrahim Dia et Jean Rouch) sorti en 1974. Ce film est maintenant accessible en DVD: (http://www.editionsmontparnasse.fr/ID852/DVD/documentaires/histoire-societe/
les-collections/le-geste-cinematographique/jean-rouch-cocorico-monsieur-poulet.html)
Lam est le propriétaire d’une camionnette 2CV qui a connu des jours meilleurs. Il part dans la brousse avec son assistant Tallou pour acheter des poulets pour les revendre en ville. Sur le chemin du départ, ils rencontrent Damouré, un beau parleur attiré par cette opportunité professionnelle et l’emmènent avec eux. Partis pour un jour, ils voyageront plus d’un an. Les poulets, ils n’en trouvent pas, du moins pas au début, mais ils rencontreront bien des surprises, y compris un diable sous les traits d’une femme.
L’idée de départ de Lam pour le film était un documentaire sur son travail de marchand de poulets. Finalement le film s’est transformé en fiction rythmée par les pannes et hoquets de la voiture. Jean Rouch dans un commentaire dit qu’ils riaient tellement que leurs fous rires les empêchaient de travailler. Ce film est réjouissant et les protagonistes d’une ingéniosité à vous couper le souffle. Ils ne se plaignent jamais, trouvent toujours des solutions à des problèmes insolubles comme le passage de la voiture sur le fleuve Niger. Rien n’est triste, ni misérable, face à l’adversité, une leçon d’humanité avec ses petits travers aussi, on est pas dans l’idéalisation, les obstacles sont simplement affrontés au cas par cas et on repart toujours, avec un optimisme à toute épreuve, sans naïveté.
Le DVD comprend également deux documentaires de Jean ROUCH, ethnologue français, élève de Griaule, disparu il y a quelques années:
Bataille sur le grand fleuve (1950, 33 min)
Un film sur la chasse aux hippopotames par les pêcheurs Sorko du fleuve Niger. Ce documentaire est fascinant et d’une grande force. La technique de chasse montrée rejoint celle de la chasse à la baleine décrite avec force détails dans Moby Dick. La préparation des harpons, de la grande pirogue qui doit résister aux morsures du cheval des fleuves, l’approche de l’animal par les frêles pirogues, les attaques aux harpons lestés de cordes avec flotteurs et les coups fatals avec une plus grande lance dans la tête de la bête immense qui se débat jusqu’à son dernier souffle dans des giclées de sang.
Il faut imaginer que Jean Rouch était dans une de ces pirogues et qu’il était limité par sa caméra, des plans je crois de 25 secondes, donc impossible de filmer le tout en un seul plan comme avec une caméra digitale.
Cimetières dans la falaise (1951, 18 min)
L’ethnologue a eu le privilège d’assister à un enterrement au pays Dogon. La scène est belle, poignante, le paysage impressionnant et le rite chargé de sens.
Elections législatives en Belgique
Les élections législatives se tiennent le 10 juin en Belgique. Je me réjouissais de voter. En effet, les Belges qui vivaient à l’étranger étaient déchus de ce droit.
Je m’étais inscrite à l’ambassade de Belgique il y a plus de 6 mois, j’avais choisi de voter par correspondance trouvant ce moyen commode. Aujourd’hui vendredi, toujours pas de courrier, je finis par m’en inquiéter, peut-être un peu tard il est vrai! J’apprends ainsi par DHL — un employé trilingue et charmant qui me donne la nostalgie du pays — que mon enveloppe s’est égarée, que je la recevrai quand même, mais trop tard, que je ne pourrai pas voter, mais que je ne devais pas m’inquiéter, je ne serai pas sanctionnée!
Dans mon royaume “la non-participation au vote est passible de sanctions légales (amende, déchéance des droits civils et politiques)”. Je ne crains pas les sanctions (même si aujourd’hui, sans carte d’identité on risque de vous rejeter à la mer), mais je suis très déçue ne pas pouvoir m’exprimer, je trouve que c’est une chance de pouvoir voter, un honneur. Je venais d’avoir dix-huit ans quand j’ai voté pour la première fois et j’ai ressenti ce jour-là une grande fierté. La vraie émancipation passait par le vote, moins par le permis de conduire.
Le pays des Schtroumpfs vient encore de se distinguer.
J’ai contacté un ami pour savoir s’il avait reçu son enveloppe? Lui non plus ne pourra pas voter. Voici ce qu’il m’écrit:
“Pauvre Belgique. M’étonnant de n’être point convoqué, j’ai appelé l’ambassade qui m’a signalé que je n’étais point sur leur liste. Mais, dis-je vous avez émis mon passeport il y a deux ans, j’ai rempli une tonne de papier, etc… Ah oui me dit-elle, je vais voir… C’est ça vous êtes sur l’autre systême et il y a eu un bug….C’est trop tard, vous voterez dans 4 ans! Moi qui n’ai plus voté depuis les municipales de 72 ou quelque chose comme cela. Un copain me dit que je dois les trainer devant la cour européenne pour discrimination technologique ou négligence;.. La belle affaire.”
Je fréquente peu les Belges de France, mais il serait intéressant de mener une petite enquête.
Mise à jour: samedi 9 juin
J’ai rencontré deux autres compatriotes. L’un d’eux n’avait pas reçu son enveloppe! Sur quatre personnes rencontrées, une seule pourra voter. La circonscription de Liège est peut-être mieux organisée?
Le journaliste Jean-Pierre Stroobants a eu la gentillesse de me signaler que le sujet a été traité dans le journal Le Soir.
Publié le Samedi 9 juin 2007 dans Le Soir, page 2, édition Namur/Luxembourg, par Hugues DORZEE
Elections A « J-1 », voyage inédit au pays des votants francophones belges : Les douze tribus de l’« homo elector »
Voter, oui, bof, un peu, beaucoup, passionnément ! Pour qui ? A J-1, l’« homo elector » se tâte. Il lit la presse, zappe sur les programmes, surfe sur les blogs, se fie à son flair ou à ses habitudes, ramasse ses convictions, fonce sur des « gens » ou sur des « idées ». Il n’y a pas d’électeur type. A chaque suffrage son histoire.(…)
Voir aussi le site de la RTBF, 120.000 électeurs hors Belgique
Ils seront 120.000 à voter. Ils ce sont les belges de l’étranger. Une possibilité qui leur est accordée depuis 1999, pourtant cette année là, ils n’étaient qu’une petite vingtaine à l’avoir fait. Mais depuis, la procédure s’est simplifiée …..
Le Feu follet de Louis Malle
Un drame d’après Pierre Drieu La Rochelle, avec Maurice Ronet et une musique d’E. Satie. Un bijou sorti dans les salles en 1963. Rarement vu un film d’une telle perfection!
Carole Martinez
Le prix Emmanuel-Roblès a été attribué à Carole Martinez pour Coeur Cousu, chez Gallimard. Toutes mes félicitations à Carole. Le débat fut des plus sympathiques. Je remercie les organisateurs de Blois et tous les lecteurs pour ces rencontres.