Mauvaise semaine, Bergman et Antonioni

31-07-2007. Par Patrick.

Mauvais temps pour les cinéastes et les cinéphiles. Bergman et Antonioni viennent de mourir. Ils sont morts âgés, très âgés - 89 et 95 ans - (l’activité intellectuelle conserve, Antonioni souffrait cependant d’aphasie depuis 1985. Cette maladie est le reflet tragique de ce qu’Antonioni a mis en scène dans son cinéma, la difficulté de communiquer, l’incompréhension ou plutôt le désintérêt pour l’autre) et laissent derrière eux une oeuvre dont on n’aura pas fini d’épuiser la richesse.

Dernièrement, Bergman avait ébloui avec Sarabande (2003), une réflexion sur la vieillesse, sans concession, trente ans après Scènes de la vie conjuguale (1973), avec les mêmes acteurs magnifiques - Liv Ullmann et Erland Josephson. Des couleurs jaunes, dorées, une image qui caresse les corps fatigués, toujours la violence rentrée, la dureté des rapports, la religion, la musique, la prosodie suédoise. Tant de films impressionnants, éprouvants, à la limite du supportable, mais tellement intelligents, qui explorent les méandres de l’âme et des rapports humains. Sans artifice, images brutes mais raffinées, dialogues cassants, situations inquiétantes dans lesquelles sont plongés les personnages, souvent contre leur volonté (Le Silence (1963), La Honte (1968)). On sent aussi que Bergman avait besoin d’être parmi les siens, dans son territoire, de filmer ses acteurs, les femmes, les hommes qu’il a aimés (la “déterritorialisation” qu’il a subie n’a pas engendré de grands films, cf. l’Oeuf du serpent (1977)).

Michelangelo Antonioni, l’esthète du cinéma épuré dans les milieux bourgeois, a aussi mis en scène le mal de vivre, la difficulté d’être et se situer, la désolation comme dans Désert Rouge (1974) - premier film en couleur du réalisateur -, avec Monica Vitti, dérive bourgeoise, incompréhension, actions décalées, impulsives. Le Amiche (1955), tiré d’une nouvelle de Cesare Pavese, autre grand (psych-)analyste de la perte de soi et du temps, du malaise. L’Avventura (1960) où la Sicile et ses îles sont magnifiées, baignées d’une atmosphère étrange, de perte et d’oubli de soi et de l’autre.

Les films sont là, à portée de tout le monde et resteront.

culture, cinéma. Un commentaire.

Bayreuth en direct

30-07-2007. Par Patrick.

Le temple de la musique wagnérienne à Bayreuth est inaccessible pour le tout venant sauf à s’armer de patience. Chaque année il y a dix fois plus de demandes que de places disponibles. Donc liste d’attente, 5, 10 ans.

Mais Internet aujourd’hui peut faire résonner la musique tétralogique dans toutes les chaumières à haut débit. Il suffit de se rendre sur operacast.com, un site qui répertorie les possibilités de diffusion en direct de concerts à travers l’Europe et plus. Et donc en ce moment Wagner, son Ring, Siegfried et les Filles du Rhin, les Walkyries, et les Dieux qui vont s’anéantir, Parsifal et sa table ronde peuvent être écoutés par exemple à partir d’une radio hongroise, Bartok Radio. Belle qualité de son. Il n’y a pas encore l’image, mais les possibilités du réseau sont infinies. Ceci dit, ça ne remplace pas encore l’expérience physique de la scène, de la musique et des voix.

musique, technologie. Aucun commentaire.

Le panorama de la bataille de Waterloo

29-07-2007. Par Marie Ferran.

Aujourd’hui, sous une pluie battante et glacée, un temps digne du 18 juin 1815, visite du Panorama de la bataille de Waterloo. Ce panorama, dispositif circulaire qui évoque les points forts du combat par, au premier plan, des sculptures de carton pâte de soldats et de chevaux morts et, au second plan, par une peinture exécutée par Louis Dumoulin a été inauguré en 1912. La peinture fait 110 m de long et 12 m de haut. La disposition très efficace permet au visiteur d’appréhender la bataille même sans connaissances particulières, il est plongé au coeur de la tourmente. Un bruitage puissant renforce cette impression de pagaille engendrée par le combat. La bataille s’est déroulée à la baïonnette ou au sabre, car la pluie avait rendu les fusils inutilisables. Seule la poudre des canons avait explosé ce jour-là.

Nous avons assisté par hasard à une démonstration d’artillerie en costumes d’époque et je crois que j’étais aussi impressionnée que les enfants par le bruit et la fumée du canon. Le bruit de la bataille, le bruit et la fumée de la mort.

Le panorama menacé de destruction pour son charme désuet et son inadaptation à un tourisme de masse habitué au cinéma Dolby stéréo-sound, aux sons et lumières, aux spectacles multimédias est pourtant utile pour faire comprendre l’horreur de la guerre aux enfants, les chevaux morts frappent l’imagination plus que les cadavres des soldats et, le paysage enfumé ne mène pas au paradis. L’empereur est très loin de la tuerie, à peine visible sur son cheval blanc alors que les fantassins représentés grandeur nature continuent de mourir à nos pieds.

La plaine de Waterloo est belle en toute saison, vallonnée, pas morne, les champs qui ont servi de sépulture à tous ces soldats sont toujours là et pourtant la terre ne crie pas, la pluie a lavé le sang, seuls subsistent quelques boutons d’uniforme ou quelques gardes de sabre, quelques pièces de métal qui continuent de remonter à la surface au passage de la charrue. Les terres sont restées agricoles parce qu’elles appartiennent au descendant du duc de Wellington. Le Lion de bronze tourné vers la France rugit du haut de sa butte, et “annonce le repos que l’Europe a conquis ici”.

Pour prolonger la réflexion je vous renvoie à Marc AUGE et L’impossible voyage. Le tourisme et ses images, Rivages poche, 1997. http://www.payot-rivages.fr/asp/fiche.asp?id=3177

culture. 3 commentaires.

Mazarine Pingeot et les faits divers

26-07-2007. Par Marie Ferran.

Le dernier livre de Mazarine Pingeot intitulé “Le cimetière des poupées” à paraître en août 2007 chez Julliard (http://www.julliard.fr/extrait.asp?code=978-2-260-01730-1) s’inspire manifestement d’un fait divers, l’affaire Courjault, cette femme qui a visiblement accouché à l’insu de tout le monde et probablement tué deux de ses nouveaux nés. Une affaire particulièrement marquante pour toute femme qui sait ce que porter un enfant signifie, ce qu’accoucher veut dire et qui connaît aussi la dépendance totale de son nourrisson. Ce qui est très frappant dans ce drame, c’est la solitude absolue de cette mère contrainte d’agir de la sorte pour diverses raisons que j’ignore, peut-être pour parce qu’elle aimait la grossesse mais pas les enfants, peut-être pour garder son mari, peut-être au contraire parce qu’elle ne l’aimait plus, mais ne pouvait en supporter l’idée, on ignore ses motivations, elle les ignore probablement elle aussi. Une vie construite pour plaire aux autres, s’intégrer socialement, être exemplaire. N’est-ce pas le lot de beaucoup de femmes encore aujourd’hui? Je défends l’écrivain Mazarine Pingeot qui s’est emparée de cette histoire pour la digérer, la comprendre, la transcender, bref se l’approprier, pour en faire autre chose, un roman. Je ne connais pas son livre, mais seulement l’extrait qui en est donné par son éditeur, j’aime l’histoire des bottes. L’auteur fait allusion au congélateur une seule fois apparemment, ce n’est pas elle qui nomme la victime actuellement en prison et dans l’attente de son procès. Le rapport direct est établi par le service de presse et/ou la presse qui se régale de ce genre d’informations et ne se soucie guère des souffrances engendrées par ces révélations. Il faut vendre avant tout. Le travail de l’écrivain est autre. Il ne cherche pas à blesser et même s’il n’épargne personne, il vit l’histoire qu’il s’approprie, il est hanté par elle, elle devient son histoire. Il y laisse aussi une partie de lui même, ainsi Truman Capote pour De sang froid, tellement impliqué dans cet horrible crime jusqu’à assister à l’exécution des condamnés. Il a été définitivement cassé par ce livre qui pourtant est une grande réussite. Mais avait-il le droit d’étaler ainsi la vie des victimes et pire, celle des criminels? Vivre par procuration, se nourrir de la souffrance des autres parce qu’elle fait écho à la vôtre. Comme Marguerite Duras qui s’était mêlée de l’affaire Grégory et s’était permise de juger Christine Villemin sur sa figure, là, elle était allée trop loin! Je crois qu’il y a des limites qu’on ne doit pas dépasser. Se servir de sa notoriété pour juger, influencer l’opinion publique. Mais ici, ce n’est pas le cas, il s’agit bien d’une fiction, ainsi dans Terrasse (Seuil, 2006), je me suis inspirée d’un fait divers réel, l’enfant noyé dans une poubelle. C’est une histoire vraie, parfaitement sordide, qui est passée plutôt inaperçue et qui pour moi était suffisamment importante pour donner naissance à un roman. Tout est parti de cette histoire pour parler de la mort, de l’impossibilité du deuil, de la difficulté d’être parent, de la responsabilité d’être parent. Les lecteurs m’ont souvent reproché avec agressivité le sujet de mon roman comme si j’avais inventé moi-même la mort! Je ne savais pas quoi répondre car je n’avais pas envie de parler de ma vie, je pensais qu’ils comprendraient que la douleur était mienne. J’avais aussi envie de dire que je n’étais pas certaine d’avoir choisi mon sujet en toute liberté, je crois plutôt qu’il s’est imposé à moi comme une nécessité au risque de passer pour une illuminée. J’ai été choquée aussi de la réaction des lecteurs car mon livre est sorti en même temps que les Bienveillantes de Jonathan Littell qui a connu un succès immédiat et immense alors qu’il n’épargne pas les morts, les victimes, des gens qui ont existé vraiment, il ne s’est pas soucié de les décrire dans les situations les plus ignobles qui soient. A-t-il été attaqué par les familles des victimes? Des pétitions ont-elles circulé? A croire qu’il faut beaucoup de cadavres dans un livre pour que personne ne réagisse, c’est peut-être une question de quantité?

littérature. Un commentaire.

Dans la peau du chien de William Wegman

24-07-2007. Par Marie Ferran.

Marie-Ange GUILLEMINOT vient de publier Les Photographeurs, 1994 (La Boîte, Paris. Musée départemental du Sel, Marsal. Centre d’art contemporain la synagogue de Delme, 2007). Ce livre d’artiste qui se présente comme un jeu de cartes a été réalisé à l’occasion de l’exposition Protéger, enfermer présentée au Musée départemental du Sel de Marsal du 30 juin au 16 septembre 2007.

Il y a plusieurs années lorsque Marie-Ange m’a demandé de participer à son projet qui consistait à se faire photographier par différentes personnes dans les robes qu’elle avait créées, j’ai fortement hésité car je ne pratiquais pas la photographie. Elle avait alors insisté sur notre totale liberté de choix de la mise en scène. J’ai pensé que mes photographies préférées d’alors étaient les polaroïds du braque de Weimar de William Wegman. Demander à son amie de prendre les poses d’un chien me semblait une drôle de chose, mais je crois que finalement, nous nous en sommes bien sorties et notre amitié n’a pas du tout souffert de cette aventure.

http://www.ma-g.net/

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culture. Aucun commentaire.

Vélib’

20-07-2007. Par Marie Ferran.

Des vélos presque gratuits, dans tout Paris. Je n’en reviens pas de cette initiative de la Mairie de Paris. La ville va pouvoir enfin respirer. Un moyen de transport presque gratuit, mis à notre disposition. Plus de couvre-feu avec l’arrêt du métro avant 1 heure du matin, on va pouvoir rentrer aux petites heures! Il faudra quand même garder la tête froide pour arriver à raccrocher le vélo à la borne! Il faudra aussi s’habituer à circuler entre les bus et les taxis, ce qui n’est pas sans danger. J’espère que peu à peu les automobilistes s’habitueront aux cyclistes et que ceux-ci seront de plus en plus nombreux. Une ville verte, j’en ai rêvé!

société. Aucun commentaire.

Rollsense

18-07-2007. Par Marie Ferran.

Pour votre blog, je vous recommande un nouvel outil qui s’appelle “rollSense”. Une création de 2or3things qui la décrit ci-dessous.
RollSense a été conçu pour les blogueurs et leurs lecteurs.

Avec rollSense, recommandez à vos lecteurs des articles en relation avec ce qu’ils lisent sur votre blog. Utilisez vos blogs favoris pour faire découvrir à vos lecteurs des billets qui leur donnent d’autres perspectives sur ce que vous avez écrit.

Vous pouvez voir rollSense en action sur ce site à droite, ou sur sur ce blog de démo (techno) ou sur celui-là (people).

RollSense est un service qui recommande automatiquement des articles. Vous installez rollSense directement sur votre blog et chaque fois qu’un lecteur clique sur un de vos billets pour le lire, rollSense fournit ses recommandations.

Vous contrôlez et sélectionnez les sources d’information à partir desquelles rollSense va extraire ses recommandations. Par exemple, utilisez votre « blogroll » ou sélectionnez un paquet de sources déjà préparé. Facile à configurer et à installer, rollSense peut être personnalisé pour s’intégrer à votre blog.

Qu’apporte rollSense ?

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technologie. Aucun commentaire.

Istanbul de Orhan PAMUK

2-07-2007. Par Marie Ferran.

J’attendais avec gourmandise la parution française du livre d’Orhan Pamuk sur sa ville, Istanbul.

L’édition française est publiée par Gallimard et s’intitule Istanbul. Souvenirs d’une ville, traduit du turc par Savas Demirel, Valérie Gay-Aksoy et Jean-François Pérouse (Gallimard, 2007).

J’ai feuilleté ce livre avec émotion, attendant avec impatience de terminer l’ouvrage que je lisais alors. Les photographies en noir et blanc me rendaient le livre encore plus précieux, beaucoup sont des clichés d’Ara Güler, photographe reconnu dans le monde entier. Je les trouvais bien sombres, mais je me disais que c’était peut-être comme cela avec des clichés anciens, jusqu’à ce qu’un ami américain me fasse cadeau de son exemplaire et que je découvre un tout autre livre, des clichés d’une grande visibilité, beaucoup plus lumineux, avec une infinie gamme de gris. Je fais référence à l’édition Vintage, Istanbul. Memories and the City, traduit du turc par Maureen Freely, Vintage Books, NY, 2006.

L’édition turque date de 2003, je ne l’ai pas eue entre les mains. Après examen, j’ai découvert que non seulement dans l’édition française, les clichés étaient anormalement sombres, effet augmenté par le couleur crème du papier, mais encore que ces mêmes photos étaient mises en page différemment et parfois agrandies ou réduites et qu’il en résultait parfois une difficulté de lecture parce que le texte ne se trouvait pas en regard de l’image dont il était question.

J’ai alors comparé la langue. Il est possible que le turc se traduise plus facilement en anglais qu’en français, mais alors page 32 pourquoi la petite souris de Walt Disney s’appelle-t-elle Miki? D’accord, les trois traducteurs ne connaissent pas Mickey, cela prouve que nous avons affaire à de vrais intellectuels, c’est rassurant, mais pourquoi à la page 35, je trouve cette phrase: “Jusqu’à mes quarante-cinq ans, dans ce suave intervalle entre sommeil et veille, j’ai toujours occis quelques personnes car que je savais que ces pensées me feraient du bien“.

“car que”?

En anglais (p. 21) cela donne: “Until the age of forty-five, it was my habit, whenever I was drifting in that sweet cloud between sleep and wakefulness, to cheer myself by imagining I was killing people”.

Un peu plus loin je trouve une autre phrase qui me laisse perplexe, il est question d’Antoine-Ignace Melling (p. 84) : ” d’origine italienne, c’est un Allemand de sang français”. L’anglais (p. 63) me semble plus simple, moins tarabiscoté : “a German of French and Italian ancestry”. J’arrête ici la comparaison textuelle en précisant encore que l’édition française est dotée de quelques notes, mais hélas est privée d’index, très utile pour revenir à certains quartiers et à certains monuments. L’index donne une autre dimension à l’ouvrage et permet de l’utiliser aussi comme un guide ou un outil de préparation à un voyage, à une rêverie.
Le livre, je le lirai en anglais, mais je plains les lecteurs français qui ne connaîtront que cette grossière version d’un livre en apparence remarquable. Un Prix Nobel massacré chez un grand éditeur!

culture, littérature. 2 commentaires.