Istanbul de Orhan PAMUK

2-07-2007. Par Marie Ferran

J’attendais avec gourmandise la parution française du livre d’Orhan Pamuk sur sa ville, Istanbul.

L’édition française est publiée par Gallimard et s’intitule Istanbul. Souvenirs d’une ville, traduit du turc par Savas Demirel, Valérie Gay-Aksoy et Jean-François Pérouse (Gallimard, 2007).

J’ai feuilleté ce livre avec émotion, attendant avec impatience de terminer l’ouvrage que je lisais alors. Les photographies en noir et blanc me rendaient le livre encore plus précieux, beaucoup sont des clichés d’Ara Güler, photographe reconnu dans le monde entier. Je les trouvais bien sombres, mais je me disais que c’était peut-être comme cela avec des clichés anciens, jusqu’à ce qu’un ami américain me fasse cadeau de son exemplaire et que je découvre un tout autre livre, des clichés d’une grande visibilité, beaucoup plus lumineux, avec une infinie gamme de gris. Je fais référence à l’édition Vintage, Istanbul. Memories and the City, traduit du turc par Maureen Freely, Vintage Books, NY, 2006.

L’édition turque date de 2003, je ne l’ai pas eue entre les mains. Après examen, j’ai découvert que non seulement dans l’édition française, les clichés étaient anormalement sombres, effet augmenté par le couleur crème du papier, mais encore que ces mêmes photos étaient mises en page différemment et parfois agrandies ou réduites et qu’il en résultait parfois une difficulté de lecture parce que le texte ne se trouvait pas en regard de l’image dont il était question.

J’ai alors comparé la langue. Il est possible que le turc se traduise plus facilement en anglais qu’en français, mais alors page 32 pourquoi la petite souris de Walt Disney s’appelle-t-elle Miki? D’accord, les trois traducteurs ne connaissent pas Mickey, cela prouve que nous avons affaire à de vrais intellectuels, c’est rassurant, mais pourquoi à la page 35, je trouve cette phrase: “Jusqu’à mes quarante-cinq ans, dans ce suave intervalle entre sommeil et veille, j’ai toujours occis quelques personnes car que je savais que ces pensées me feraient du bien“.

“car que”?

En anglais (p. 21) cela donne: “Until the age of forty-five, it was my habit, whenever I was drifting in that sweet cloud between sleep and wakefulness, to cheer myself by imagining I was killing people”.

Un peu plus loin je trouve une autre phrase qui me laisse perplexe, il est question d’Antoine-Ignace Melling (p. 84) : ” d’origine italienne, c’est un Allemand de sang français”. L’anglais (p. 63) me semble plus simple, moins tarabiscoté : “a German of French and Italian ancestry”. J’arrête ici la comparaison textuelle en précisant encore que l’édition française est dotée de quelques notes, mais hélas est privée d’index, très utile pour revenir à certains quartiers et à certains monuments. L’index donne une autre dimension à l’ouvrage et permet de l’utiliser aussi comme un guide ou un outil de préparation à un voyage, à une rêverie.
Le livre, je le lirai en anglais, mais je plains les lecteurs français qui ne connaîtront que cette grossière version d’un livre en apparence remarquable. Un Prix Nobel massacré chez un grand éditeur!

culture, littérature. 2 Comments.

2 commentaires

  1. Eric Duranson a répondu :

    Madame,

    Merci d’avoir écrit ce que je n’osais que penser tout bas en croyant que j’étais un lecteur de mauvaise composition et que ces remarques qui m’habitaient, les mêmes que les vôtres, étaient le fruit de ma subjectivité. J’espère que vous avez écrit à Gallimard pour lui faire part de vos reproches justifiés et adressé une copie à M. Pamuk pour lui faire savoir que Gallimard se moque de lui et de ses lecteurs français.

    Pour répondre à une de vos questions, j’ai eu entre les mains une édition turque (je ne sais pas s’il y en a eu plusieurs de qualité différentes). Celle de la maison d’édition YKY est d’une qualité pire que l’édition de Gallimard. Cette édition a cependant l’avantage de proposer une photo de couverture plus intéressante que celle de l’édition française (la photo de couverture française reprend une des photos qui se trouve dans le livre) alors que l’édition française ne nous permet pas de voir cette photo de couverture fort bien choisie pour illustrer le propos de l’auteur : “des souvenirs [ceux de l’auteur] et une ville”. Voici un lien sur lequel vous pouvez la voir : http://www.ideefixe.com/kitap/tanim.asp?sid=S8VEJJENNH7H6ZTQBOU0

    Pour finir, notons que l’édition française commence à trahir le texte original dès le titre puisque que “Istanbul, Hatiralar ve sehir” signifie littéralement “Istanbul, souvenirs et ville”, qu’on pourrait traduire en français par “Istanbul, des souvenirs et une ville” plutôt qu’avec un génitif.

    Me relisant, je suggère que si vous écrivez à Gallimard, vous n’oubliiez pas de dire votre et mon mépris aux traducteurs : à quoi cela sert-il de se mettre à trois pour un si médiocre résultat ?

    Meilleures salutations.

    Eric Duranson.

    1-08-2007 à 8:42 pm. Permalink.

  2. Marie Ferran a répondu :

    Monsieur, je vous remercie beaucoup de votre commentaire, je me sens ainsi moins isolée. J\’avais écrit à Pierre Assouline qui est très lu, pensant partager ma déception. Mais rien. Personne ne semblait ressentir ma colère, ma frustration devant cette édition bâclée. Avant d\’écrire à Gallimard, j\’ai pensé m\’adresser directement à Orhan Pamuk, mais vous avez raison, il faut également se plaindre auprès de l\’éditeur français. Cette affaire est totalement lamentable.

    1-08-2007 à 9:09 pm. Permalink.

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