Le panorama de la bataille de Waterloo
Aujourd’hui, sous une pluie battante et glacée, un temps digne du 18 juin 1815, visite du Panorama de la bataille de Waterloo. Ce panorama, dispositif circulaire qui évoque les points forts du combat par, au premier plan, des sculptures de carton pâte de soldats et de chevaux morts et, au second plan, par une peinture exécutée par Louis Dumoulin a été inauguré en 1912. La peinture fait 110 m de long et 12 m de haut. La disposition très efficace permet au visiteur d’appréhender la bataille même sans connaissances particulières, il est plongé au coeur de la tourmente. Un bruitage puissant renforce cette impression de pagaille engendrée par le combat. La bataille s’est déroulée à la baïonnette ou au sabre, car la pluie avait rendu les fusils inutilisables. Seule la poudre des canons avait explosé ce jour-là.
Nous avons assisté par hasard à une démonstration d’artillerie en costumes d’époque et je crois que j’étais aussi impressionnée que les enfants par le bruit et la fumée du canon. Le bruit de la bataille, le bruit et la fumée de la mort.
Le panorama menacé de destruction pour son charme désuet et son inadaptation à un tourisme de masse habitué au cinéma Dolby stéréo-sound, aux sons et lumières, aux spectacles multimédias est pourtant utile pour faire comprendre l’horreur de la guerre aux enfants, les chevaux morts frappent l’imagination plus que les cadavres des soldats et, le paysage enfumé ne mène pas au paradis. L’empereur est très loin de la tuerie, à peine visible sur son cheval blanc alors que les fantassins représentés grandeur nature continuent de mourir à nos pieds.
La plaine de Waterloo est belle en toute saison, vallonnée, pas morne, les champs qui ont servi de sépulture à tous ces soldats sont toujours là et pourtant la terre ne crie pas, la pluie a lavé le sang, seuls subsistent quelques boutons d’uniforme ou quelques gardes de sabre, quelques pièces de métal qui continuent de remonter à la surface au passage de la charrue. Les terres sont restées agricoles parce qu’elles appartiennent au descendant du duc de Wellington. Le Lion de bronze tourné vers la France rugit du haut de sa butte, et “annonce le repos que l’Europe a conquis ici”.
Pour prolonger la réflexion je vous renvoie à Marc AUGE et L’impossible voyage. Le tourisme et ses images, Rivages poche, 1997. http://www.payot-rivages.fr/asp/fiche.asp?id=3177
3 commentaires
- Patrick a répondu :
Le charme de la plate-forme en bois sur laquelle on arrive par un petit escalier en spirale n’atténue pas l’effroi que provoquent la toile et les chevaux morts. La plate-forme nous place au centre de la bataille, avec les charges de la cavalerie française menée par Ney et les carrés des Anglais qui se défendent avec acharnement et déciment les soldats. Le Duc et l’Empereur se regardent presque face à face.
C’est Walter Benjamin qui parle dans “Une enfance berlinoise” (Trad. Jean Lacoste, Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau 1988) du panorama impérial de Berlin qui le ravissait tant enfant. La structure y est circulaire, mais le dispositif est différent. Pas de peinture murale à parcourir en cercle. Des images y étaient projetées et se déplaçaient de station en station, l’écran circulaire étant en fait une succession de petits écrans, un polygone s’inscrivant dans le cercle. Les gens s’asseyaient et regardaient les images qui défilaient. Pas de musique, juste une petite clochette qui annonçait le changement d’images. Pas de musique. Pour l’enfant, le panorama impérial était un moyen de voyager, de voir le monde. C’était une lanterne magique. Benjamin adorait y aller, même si déjà à son époque le panorama était passé de mode.
29-07-2007 à 11:56 pm. Permalink.
- C. Sauvage a répondu :
Un bonjour en passant.
C. Sauvage30-07-2007 à 5:41 pm. Permalink.
- monique a répondu :
nous avons visité le site de Waterloo, la semaine dernière. Merci pour votre article. Je reviendrai sur votre blog qui m’intéresse, même si le mien est beaucoup plus frivole.
23-08-2007 à 2:22 pm. Permalink.