Mauvaise semaine, Bergman et Antonioni
Mauvais temps pour les cinéastes et les cinéphiles. Bergman et Antonioni viennent de mourir. Ils sont morts âgés, très âgés - 89 et 95 ans - (l’activité intellectuelle conserve, Antonioni souffrait cependant d’aphasie depuis 1985. Cette maladie est le reflet tragique de ce qu’Antonioni a mis en scène dans son cinéma, la difficulté de communiquer, l’incompréhension ou plutôt le désintérêt pour l’autre) et laissent derrière eux une oeuvre dont on n’aura pas fini d’épuiser la richesse.
Dernièrement, Bergman avait ébloui avec Sarabande (2003), une réflexion sur la vieillesse, sans concession, trente ans après Scènes de la vie conjuguale (1973), avec les mêmes acteurs magnifiques - Liv Ullmann et Erland Josephson. Des couleurs jaunes, dorées, une image qui caresse les corps fatigués, toujours la violence rentrée, la dureté des rapports, la religion, la musique, la prosodie suédoise. Tant de films impressionnants, éprouvants, à la limite du supportable, mais tellement intelligents, qui explorent les méandres de l’âme et des rapports humains. Sans artifice, images brutes mais raffinées, dialogues cassants, situations inquiétantes dans lesquelles sont plongés les personnages, souvent contre leur volonté (Le Silence (1963), La Honte (1968)). On sent aussi que Bergman avait besoin d’être parmi les siens, dans son territoire, de filmer ses acteurs, les femmes, les hommes qu’il a aimés (la “déterritorialisation” qu’il a subie n’a pas engendré de grands films, cf. l’Oeuf du serpent (1977)).
Michelangelo Antonioni, l’esthète du cinéma épuré dans les milieux bourgeois, a aussi mis en scène le mal de vivre, la difficulté d’être et se situer, la désolation comme dans Désert Rouge (1974) - premier film en couleur du réalisateur -, avec Monica Vitti, dérive bourgeoise, incompréhension, actions décalées, impulsives. Le Amiche (1955), tiré d’une nouvelle de Cesare Pavese, autre grand (psych-)analyste de la perte de soi et du temps, du malaise. L’Avventura (1960) où la Sicile et ses îles sont magnifiées, baignées d’une atmosphère étrange, de perte et d’oubli de soi et de l’autre.
Les films sont là, à portée de tout le monde et resteront.
Un commentaire
- Marie Ferran a répondu :
Quand je pense à Bergman, explorateur des souffrances de l’homme, cela me rassure, car son oeuvre montre que l’on peut bâtir tout son travail sur un univers à la fois personnel et tragique.
31-07-2007 à 1:49 pm. Permalink.