Pierre Michon, rare, trop rare
Un livre qui reprend des entretiens que Pierre Michon a donnés dans les vingt dernières années va paraître chez Albin Michel.
Pierre Michon, un de ces écrivains rares, dont la phrase est cristalline, ciselée dans la matière brute et pensée de bout en bout. Sans ornements. Chaque mot compte. Il n’est pas le seul écrivain à qui on pourrait appliquer ce que je viens de dire. Mais c’est bien là le travail de l’orfèvre. Le résultat donne le sens et construit le style. Se rappeler par exemple que Boulez n’interprète pas les partitions qu’il dirige, il en est un passeur rigoureux, attentif et juste. La partition contient tout, en elle-même, pas besoin d’y rajouter sa touche, son pathos, son émotion, toutes choses qui font le délice de l’art bourgeois, comme aurait dit un brillant sémiologue mort tragiquement.
Il y a une certaine mode actuellement dans l’édition de publier des compilations de textes déjà parus ou d’entretiens. Histoire d’occuper le terrain. Toutes ces publications n’ont malheureusement la même valeur. Il reste, dans le cas qui nous occupe, que la présence littéraire de Michon est trop rare pour s’en priver. Michon avertit qu’il s’est autorisé à retravailler des retranscriptions d’entretiens oraux. On peut espérer que les reprises deviennent finalement des nouveaux textes.
Il ajoute, et son propos résonne avec le titre de ce blog et son objectif, : “Et puis, relisant ces propos, je me dis qu’à défaut de la vérité introuvable, on y trouve enlacés les souvenirs et les lectures qui m’ont constitué : le panthéon aztèque et la chasse à Dieu dans Moby Dick, “le petit roman de trente pages” de Lautréamont et le rasoir d’un théologien anglais, une écoute enfantine de Salammbô qui est ma scène primitive, des lieux et des noms. Melville et Faulkner, Beckett, y voyagent parmi des toponymes limousins. Mes morts bavards, Flaubert, Rimbaud et Villon, Giono et Borgès, Hugo, y fréquentent des prolétaires morts sans discours.”
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