Exotisme

21-08-2007. Par Marie Ferran

Sur une route départementale d’Auvergne, je me suis arrêtée pour prendre un café dans un bar avec terrasse, mobilier de plastique et jardinières déprimées. Je me suis liée avec la serveuse, « barmaid » serait plus juste, à cause des santiags et du « tatoo ». Elle se désespérait du peu de clients, les touristes se faisant rares à cause de la pluie. Elle constatait avec désarroi qu’ils ne consomment presque rien et ne mangent que du steak frites et pourtant, sa carte était exotique, au menu : steak d’autruche, steak de kangourou, steak de requin bleu, barracuda et j’ai dû oublier quelque chose ! Finalement, au cours de la conversation la femme m’a avoué que le steak de kangourou, elle n’en raffolait pas et que le requin bleu avait un goût très fort ! Faut-il blâmer les touristes qui voyagent avec leur pique-nique ? La carte comportait aussi une omelette aux cèpes fraîchement cueillis, nettement plus tentants. Cette histoire de carte exotique m’a fait rire pendant plusieurs jours. J’aime ce malentendu, ce désir d’ailleurs, cet exotisme à portée de fourchette. Manger sur la route n’est pas banal, anodin, simple. Avec un guide, vous tombez sur des établissements gastronomiques plutôt chers, souvent bons, mais des menus trop recherchés (mode des amuses-bouches dans cuillères chinoises et soupes froides dans des dés à coudre) pour un simple déjeuner, d’autant que la sieste n’est pas prévue au volant. Sans guide, vous avez peu de chance de manger un repas frais et puis vous vous enfilez en prime une tranche de vie ultradéprimante avec patron alcoolique derrière le bar, patronne aux épaules tombantes ayant rêvé d’une autre vie. Décors surchargés à la lumière blafarde et propreté douteuse. Parfois, je préfère la froideur d’un self-service, enfin, pas tout-à-fait, mais je ne suis pas toujours d’attaque pour la tranche de vie qui accompagne une nourriture peu attrayante. L’exotisme me renvoie à la baraque à frites, au « fritkot », rien de meilleur qu’un cornet avec une sauce andalouse ou tsigane accompagné d’un cervelas. Andalouse me direz-vous ? Eh oui, quoi de plus normal dans les anciens Pays-Bas espagnols ? Ma belle-sœur, Belge d’origine marocaine, est la seule spécialiste en frite de ma connaissance, elle a développé un savoir-faire et une expertise assez rare, elle démasque la frite surgelée, la graisse trop cuite, la frite qui n’a pas été cuite en deux temps, etc. Je vous en reparlerai à l’occasion.

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