La mort de l’enfant, thème littéraire?
Le thème est à la mode dans la littérature de cette rentrée. Il n’est pas certain qu’il faille parler de mode encore moins d’écriture thérapeutique. Lorsque, il y a trois ans, j’ai commencé à écrire mon premier roman « Terrasse » ( que j’avais appelé « Descendance ») dans lequel il est question de la mort d’un enfant, d’un garçon de deux ans et du deuil de ses parents, plus précisément du deuil du père, je n’ai pas choisi ce thème, il s’est imposé à moi. Je me devais d’en parler, j’étais hantée par cette histoire bien réelle d’un enfant noyé dans l’eau d’une poubelle et cela pour des raisons précises qui sont les miennes et qui me regardent, je n’ai pas à les étaler. Essayer de trouver des paroles pour décrire l’innommable. La mort reste la mort, celle du frère, celle du fils, faudrait-il quantifier la douleur ? Comment ne pas en parler, d’une manière pudique, détournée avec une intrigue de roman noir ?
Encore une fois comme dans mon billet sur Mazarine Pingeot, je revendique le droit à la fiction, le droit de parler de tout. Georges Bataille évoqué ci-dessous est un grand exemple de l’écriture libre, transgressive. Il ne faut pas tuer pour parler de meurtre, tout le monde sait cela et comme Gilles Deleuze, le disait, il n’est pas nécessaire de prendre de la drogue pour en parler. Alors, cette querelle d’écrivaine dont le Monde fait écho, de celle qui a perdu un enfant et pas l’autre, est bien pathétique et mauvaise pour la littérature en général. Il faudra probablement un jugement de Salomon.
En attendant, je peux vous affirmer qu’écrire sur la mort d’un enfant ne vous met à l’abri de rien, au contraire, surtout quand vous avez vous même des enfants, que la fiction vous fragilise et que lorsque vous vous retrouvez face à un lecteur ou un journaliste sa première question est toujours biographique. Avez-vous ? … Je peux répondre évidemment : « non pas encore ! » pour piéger habilement mon interlocuteur. Mais ce n’est ni drôle, ni intéressant.
La mort est au cœur de toute création, il est banal de le dire, la mort appartient à tout le monde et celle d’un enfant est la plus cruelle. Il n’est pas question de jouer de cela, ni d’en faire un fond de commerce, l’auteur n’a pas à justifier son sujet.
2 commentaires
- Franck a répondu :
Quand tu dis que l’auteur n’a pas à justifier son sujet, je suis d’accord. Maintenant, je crois que notre conception de la mort est en grande partie culturelle, comme celle de la vie. Je ne parlerai pas ici de la mort d’un enfant.
Dans d’autres cultures, la mort est une opportunité précieuse (je ne veux pas dire qu’il faille la désirer) qu’il faut préparer.
Je citerai le lama Thoubten Yéshé : ‘Nous vivons notre mort à l’instar de notre vie, sans contrôle conscient et lucide; et ce qui aurait pu être une grande porte ouverte à la libération s’avère au contraire être le passage vers une nouvelle vie de confusion.’
Bon weekend plein de vie.25-08-2007 à 10:22 am. Permalink.
- Marie Ferran a répondu :
Nous avons en effet un travail énorme pour apprivoiser la mort dans notre culture
25-08-2007 à 1:06 pm. Permalink.