Pourquoi tant d’AD haine ?
Le Sénat, après avoir fait son petit rebelle, est rentré dans le rang et a voté la future loi sur le contrôle de l’immigration, contenant une disposition sur le test ADN. Même “édulcoré”, pour le rendre soi-disant humain, cet amendement est et reste inacceptable.
La tactique utilisée par le gouvernement et singulièrement par le ministre de l’immigration et de l’identité nationale pour faire passer cet amendement est un grand moment d’hypocrisie.
- Le projet de loi ne contient pas au départ de référence au test ADN.
- Un député connu pour ses positions extrêmes, Thierry Mariani, introduit en commission cet amendement, comme par hasard.
- Le gouvernement: c’est pas nous, voyez, c’est le Parlement qui débat, qui amende, qui enrichit. Le Parlement a toute latitude pour améliorer les propositions de loi.
- Le gouvernement à nouveau et le ministre, jouant les embarrasés: Pourquoi tant de remous ? Tout le monde le fait, douze pays européens pratiquent les tests ADN. Et puis, selon les engagements pris, nous voulons une politique d’immigration choisie, économique, pas familiale.
- Petite fronde des Sénateurs pour montrer qu’on n’est pas d’accord, que c’est troublant. On peut laisser à certains d’entre eux une vraie prise de position philosophique et de principe.
- On amende l’amendement, le gouvernement dans sa grande sagesse, écoute et propose des “améliorations”, mais finalement se réjouit de le faire passer.
- Résultat: on s’achemine vers une commission mixte paritaire pour l’adoption de la loi, qui passera, puisque la commission est à majorité UMP et qu’un recadrage des états d’âme des uns et des autres a été fait récemment.
Bien joué.
Pourquoi n’est-ce pas acceptable ?
L’époque est à la stigmatisation de l’autre, de celui qui jouirait de privilèges particuliers ou qui profiterait du système sans contre-partie. L’époque est à la reprise en main, au redressement et au contrôle illusoire. On parle de non-repentance, du refus de la haine de soi, mais quand est-il de la haine de l’autre si bien magnifiée par une procédure dégradante, le test ADN, qui va, dans le cas qui nous occupe (je ne critique pas le recours à l’ADN dans les affaires criminelles qui ont pu aussi sauver des gens de la chaise) au plus profond de l’homme chercher une soi-disant certitude, qui met en doute sa parole ? - Des abus il y en a, il y en aura (et ce ne sont pas forcément les plus humbles qui les commettent) : Et alors ?
Tout le monde sait qu’une fois cette loi passée, et même si le Premier ministre proclame la main sur le coeur que toutes les dispositions ont été prises pour assurer un respect de la lettre et de l’esprit, la loi est là, la procédure validée et la porte grande ouverte à d’autres aménagements encore plus restrictifs.
La conception même de la famille est mise à mal, si on ne la raccroche qu’à l’aspect biologique, primaire, à notre époque. Le droit du sang ne rime à rien. La famille moderne est une construction.
L’utilisation de tels tests par d’autres pays européens, démocratiques est un faux argument. Devrait-on à tout prix copier les erreurs des autres ? Devrait-on revenir sur la peine de mort sous prétexte que le plus grand pays démocratique du monde la tolère encore ?
Nous devons refuser ce genre de loi. Il est d’autres sujets plus importants. De plus, ce n’est qu’un arbre qui cache la forêt. D’autres dispositions plus pernicieuses vont passer sans vague. Bonne tactique encore.
L’utilisation de la science à des fins politiques démontre une nouvelle fois le fossé qu’il y a entre l’enthousiasme de la découverte, la passion de la recherche et l’utilisation concrète qui en est faite. La science comme source de progrès pour l’humanité est une réalité, elle est indispensable, mais la science est aussi détournée de son objet de connaissance pour servir des intérêts autrement moins glorieux que le bien commun. Et l’histoire ne manque pas d’exemples.
La génétique est d’ailleurs un sujet qui semble-t-il intéresse particulièrement nos dirigeants ces temps-ci. Il suffit de se rappeler l’échange entre Nicolas Sarkozy et Michel Onfray pendant la dernière campagne, à propos de la prédestination inscrite dans les gènes.
Mais des voix de droite et de gauche, des voix d’obédiences différentes s’élèvent. Tant mieux. Le Conseil consultatif national d’éthique vient de rappeler que ce texte était “en contradiction avec l’esprit de la loi française”. Puisque le bon sens est érigé en valeur, demandons à la commission mixte paritaire d’en faire preuve et de supprimer cet amendement, d’autant plus, et c’est là la touche finale, que le gouvernement dit à quoi bon le supprimer puisque de toute façon le recours au test ADN est totalement encadré pour éviter tout débordement. Et bien, justement. Supprimons-le puisqu’il ne pourra finalement pas être utilisé.
Je ne voudrais pas assister au glissement progressif de notre société vers un “Brave New World” où le contrôle, l’évaluation et la sélection éventuellement génétiques deviendraient la norme pour définir l’utilité sociale de tel ou tel groupe. Nous méritons mieux que l’ère de la suspicion généralisée.
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