Performance avec Mick

10-09-2007. Par Marie Ferran.

Film anglais tourné en 1968 par Donald Cammell et Nicholas Roeg. Avec Mick Jagger, Anita Pallenberg et James Fox. Le film qui n’avait été distribué qu’en 1970 et sorti cette année en DVD, en février 2007. Il n’est pas vraiment question d’un chef d’oeuvre, mais pour celui ou celle qui, adolescent, a fantasmé sur Mick, c’est un évènement cette sortie en DVD, avoir Performance sous la main, impensable, le film était inaccessible, on en connaissait des photographies et des ragots de tournage: ils se droguaient pour de vrai, ils faisaient vraiment l’amour, etc. Finalement, je dois avouer que Mick m’a un peu déçue comme acteur, mais enfin si vous voulez changer d’époque et revenir à 68, les gangsters, les hippies, l’amour libre et la musique, l’ambiance, les foulards indiens, cela vaut le coup d’oeil. Il parait qu’il est fait référence à plusieurs reprises à Borges ! Les gangsters n’ont pas changé, ils étaient déjà extrêmement violents (voir Orange mécanique), craignaient de passer pour des tapettes alors qu’ils sont visiblement soumis à une attirance homoérotique, ils vivent entre hommes et le film joue de cette attirance-rejet entre Fox et Jagger. Il y a un jeu d’identités, d’identifications, de mise en abyme parfois difficile à suivre. Mick l’androgyne Rock star déchue, devient le truand, ou peut-être pas, mais il partage ses femmes. Les hippies ont changé, plus que les truands qui obéissent toujours aux mêmes codes, les babas sont moins cools, refroidis par le sida, les morts prématurées. Aujourd’hui, on veut vivre en bonne santé et garder le contrôle. Ne pas crever.
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culture, cinéma. Un commentaire.

Périphéries

7-09-2007. Par Marie Ferran.

En surfant, je suis tombée sur un entretien intitulé : La littérature est un salut individuel, du critique et écrivain Bertrand LECLAIR. Critique littéraire aux Inrockuptibles puis à la Quinzaine littéraire, il a notamment publié un essai intitulé L’Industrie de la consolation aux éditions Verticales.

Périphéries, le site qui publie cet entretien est édité par Mona CHOLLET et Thomas LEMAHIEU, on y trouve d’intéressants portraits d’artistes et d’écrivains.

culture, littérature. Aucun commentaire.

Marie Darrieussecq

4-09-2007. Par Marie Ferran.

La romancière sera demain l’invitée des Matins de France Culture (mercredi 5 septembre 2007). En attendant la courte chronique de la psychanalyste Caroline Eliacheff sur le plagiat psychique toujours sur la même radio (ce matin) est très intéressante.

Je pense que je l’ai échappé belle avec “Terrasse“, j’aurais pu tomber sur un père qui m’aurait accusée d’avoir volé sa douleur. Plus sérieusement, j’ai vécu un moment de grand désarroi, extrêmement pénible quand un couple d’amis a perdu son fils unique dans un accident peu après la sortie de mon livre, je me suis sentie très mal à l’aise vis-à-vis d’eux.

Je travaille actuellement à mon nouveau roman qui prend de multiples directions et je n’ai pas encore lu les nouveautés de la rentrée, car la lecture de mes contemporains me trouble quand je suis dans l’écriture.

culture, littérature. Un commentaire.

Bataille, la beauté de la mort à Vézelay

23-08-2007. Par Patrick.

Vézelay. Lente approche du lieu presque mythique. Avec un but, rendre hommage à Georges Bataille, qui a résidé dans la ville, près de la basilique Sainte-Marie-Madeleine. Il y est enterré. Bataille à Vézelay ? Ce haut lieu de la spiritualité occidentale, où Saint-Bernard a appelé à la deuxième croisade en 1146, a aussi accueilli ce grand mystique qu’était Bataille. L’écrivain a eu droit à un enterrement simple, non religieux, avec seuls des “paysans” pour l’accompagner.

Le village est rendu aux piétons. La montée vers la basilique se fait par la rue Saint-Etienne qui devient la rue Saint-Pierre et qui débouche sur le parvis. Cette rue centrale est bordée de magasins de souvenirs, de breloques, de vins de pays, le plus cocasse étant la boutique d’un créateur de mode dont les réalisations sont mises en évidence par des photos de mannequins masculins et féminins en extase, très ‘70. L’office du tourisme nous donne un petit plan photocopié indiquant l’endroit de la tombe de Bataille, avec l’immanquable note d’humour, vous trouverez l’entrée du cimetière, elle est à côté des toilettes (je suis certain que la trilogie pisse, cadavre et religion aurait plu à Bataille). A l’endroit où la rue Saint-Etienne devient Saint-Pierre, il y a un café dont les parasols affichent fièrement une marque de bière, Loburg.
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En face du bar, la petite maison modeste où a habité Bataille. Une voisine accoudée à la fenêtre de la maison d’à côté m’a dit que la maison était occupée par un autre écrivain qui préparait un travail sur Vézelay. Je n’ai pas compris le nom. Cependant, la porte d’entrée est surmontée d’un joli nid, duquel coule la fiente. Une fenêtre est néanmoins ouverte au premier.

La rue principale est remplie de touristes (que nous sommes aussi d’ailleurs). Ils ne s’écartent guère du chemin tracé vers l’apothéose. En partant à gauche du bar et en longeant la maison de Bataille, on passe devant une belle demeure avant d’arriver à la maison splendide de Jules Roy, dans l’ancien clos du couvent des Ursulines, à deux pas de la basilique.

On ne peut pas ne pas rentrer dans la basilique dont le double portail est caractéristique. Le lieu est baignée d’une lumière douce, intense, qui se reflète dans la pierre blanche. L’art roman dans son dépouillement et sa splendeur. Pas d’artifice, ni de froideur. Je me souviens y avoir vu lors d’une première visite une nonne couchée face contre terre les bras en croix dans le transept. Vision théâtrale de la foi dans un lieu réinvesti par une communauté charismatique, les Fraternités de Jérusalem.

Mais ce qui nous intéressait particulièrement, c’était de voir comment Vézelay a pu accueillir Georges Bataille dans son sol. En nous rendant dans le cimetière en contrebas à gauche de la basilique, nous nous sommes retrouvés complètement seuls. Un cimetière n’est pas forcément le but d’un voyage touristique, pour la plupart des gens. Cependant, il est plus que surprenant de nous retrouver si seuls à quelques mètres à peine des cars et du flot. Nous avons pu ressentir toute la beauté du site, de la campagne alentour. Il y a en fait deux cimetières, le moderne et l’ancien. La distinction est relativement peu visible. Bataille est enterré dans la partie moderne, non loin de la fosse commune, peut-être notre fin à tous. Sa tombe est simple, très simple, pierre sombre, marquée par les mousses, on y a apposé son nom, son année de naissance et celle de sa mort, 1897 - 1962.

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Quelqu’un y avait déposé dessus quelques cailloux en cercle avec un bout d’if à l’intérieur. Il n’était pas question de faire de l’idôlatrie mal placée, mais plutôt de rendre silencieusement et modestement hommage à un écrivain important, dont le travail difficile est une source de réflexion autant que d’interrogation sur notre condition d’homme. Sans oublier le rire démoniaque que peut provoquer les outrances qu’il a mises en scène dans certains de ses romans.
Plus bas, le cimetière ancien où les herbes folles recouvrent la plupart des tombes dont les croix ou les pierres jaillissent, bancales. Un endroit dont la beauté invite à la méditation et rend certainement la mort plus douce.
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Même au milieu de l’agitation frénétique du tourisme de masse, il existe encore des lieux secrets, à deux pas du flot continu, pour celui qui refuse de se laisser guider.

culture, littérature, voyage. Aucun commentaire.

Le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar

14-08-2007. Par Marie Ferran.

Un article publié dans Libération hier, lundi 13 août, dans les pages Rebonds, a retenu mon attention. Il est signé par Véronique TADJO, romancière qu’il m’a été donné de rencontrer il y a plusieurs années déjà à Naïrobi. Cette jeune femme m’avait impressionnée par la vivacité de sa conversation, à l’époque je n’écrivais pas encore et elle était un beau modèle.

Ne nous laissons pas distraire par les caprices de la première dame de France et encore moins par les commentaires sur le style vestimentaire du président dans nos grands journaux. Ne nous laissons pas endormir par le rythme ralenti des vacances, car l’heure est grave.

Je vous encourage à juger par vous même et prendre un peu de temps pour lire l’allocution de Nicolas Sarkozy à l’université de Dakar.
J’ai honte pour la France. Mais la France s’en fout, c’est terrible, je préfère les bouffonneries de Monsieur Leterme qui pense que La Marseillaise est l’hymne national de son, de mon, royaume.

Je vous livre un extrait pour vous donner l’eau à la bouche, j’ai choisi à dessein un passage où il est question d’art puisque c’est cela qui nous occupe :

(…) « L’art moderne doit presque tout à l’Afrique. L’influence de l’Afrique a contribué à changer non seulement l’idée de la beauté, non seulement le sens du rythme, de la musique, de la danse, mais même dit Senghor, la manière de marcher ou de rire du monde du XXe siècle » (…)

Je m’arrête là, mais le paragraphe suivant est encore pire — Ya bon Banania ! — il y est question de l’âme africaine, en toute simplicité !

On est en plein paternalisme triomphant, je me demande comment c’est possible aujourd’hui de composer un texte avec de tels clichés. Affligeant, il manque peut-être aussi quelques remarques sur la femme africaine qui bouge bien quand elle fait l’amour, sur la forêt vierge, sur l’Africain qui ne souffre pas comme nous, qui est heureux avec trois fois rien ? Un vrai enfant, mais ça le Président l’a dit !

Je me souviens d’une exposition passionnante qui s’appelait « Le Noir du Blanc » dans laquelle on voyait notamment les publicités pour Benetton « United Colors » qui étaient soi-disant faites pour encourager l’amitié entre les peuples, les couleurs et les gens, mais qui en réalité étaient encore le reflet de cette vision stéréotypée du noir joyeux et sympa. Toujours le même malentendu.

Pour prolonger la réflexion je vous renvoie aux derniers billets du Blog d’Alain Mabanckou. Notamment à l’analyse du discours par Achille Mbembe.

culture, littérature, société, Politique. 2 commentaires.

Pierre Michon, rare, trop rare

10-08-2007. Par Patrick.

Un livre qui reprend des entretiens que Pierre Michon a donnés dans les vingt dernières années va paraître chez Albin Michel.

Pierre Michon, un de ces écrivains rares, dont la phrase est cristalline, ciselée dans la matière brute et pensée de bout en bout. Sans ornements. Chaque mot compte. Il n’est pas le seul écrivain à qui on pourrait appliquer ce que je viens de dire. Mais c’est bien là le travail de l’orfèvre. Le résultat donne le sens et construit le style. Se rappeler par exemple que Boulez n’interprète pas les partitions qu’il dirige, il en est un passeur rigoureux, attentif et juste. La partition contient tout, en elle-même, pas besoin d’y rajouter sa touche, son pathos, son émotion, toutes choses qui font le délice de l’art bourgeois, comme aurait dit un brillant sémiologue mort tragiquement.
Il y a une certaine mode actuellement dans l’édition de publier des compilations de textes déjà parus ou d’entretiens. Histoire d’occuper le terrain. Toutes ces publications n’ont malheureusement la même valeur. Il reste, dans le cas qui nous occupe, que la présence littéraire de Michon est trop rare pour s’en priver. Michon avertit qu’il s’est autorisé à retravailler des retranscriptions d’entretiens oraux. On peut espérer que les reprises deviennent finalement des nouveaux textes.

Il ajoute, et son propos résonne avec le titre de ce blog et son objectif, : “Et puis, relisant ces propos, je me dis qu’à défaut de la vérité introuvable, on y trouve enlacés les souvenirs et les lectures qui m’ont constitué : le panthéon aztèque et la chasse à Dieu dans Moby Dick, “le petit roman de trente pages” de Lautréamont et le rasoir d’un théologien anglais, une écoute enfantine de Salammbô qui est ma scène primitive, des lieux et des noms. Melville et Faulkner, Beckett, y voyagent parmi des toponymes limousins. Mes morts bavards, Flaubert, Rimbaud et Villon, Giono et Borgès, Hugo, y fréquentent des prolétaires morts sans discours.”

culture, littérature. Aucun commentaire.

Robert Goffin, poète, essayiste 1898-1984

8-08-2007. Par Marie Ferran.

Quand j’étais enfant, il y avait un homme très âgé qui venait déjeuner à la maison épisodiquement, nous le craignions un peu, car nous étions peu habitués à la vieillesse et il avait un physique imposant, il était grand, il avait un regard perçant, une grande bouche violette, des taches brunes sur la peau et il respirait bruyamment. Il souffrait de la goutte. Je ne savais ce que c’était, mais cela semblait sérieux. Il avait coutume de diluer dans son verre d’eau pendant le repas une poudre brune peu appétissante, geste qui contribuait à nous intriguer davantage.

Cet homme était un poète, il avait beaucoup voyagé et côtoyé notamment les grands du jazz. Il fut en effet un des premiers à écrire sur cette musique (Jazz-Band, préface de Jules Romains, poèmes, Ed. des Écrits du Nord,1922), Aux Frontières du Jazz (Prose, préface de Pierre Mac Orlan, Paris, Le Sagittaire, 1932.). Nous attendions silencieusement le moment où il allait nous raconter un de ses voyages. Il était passionnant, il avait toujours un nouvel épisode à raconter, je me souviens surtout de ses voyages en Inde. Il parlait des gens qui mourraient dans la rue, des vaches sacrées, des bûchers, des nourritures exotiques, des paysages. Pour des enfants de la campagne protégés de la misère, il nous ouvrait avec passion au monde, à un monde vaste et étrange, différent. J’ai eu de la chance de connaître quelqu’un comme cela, quelqu’un qui regardait le monde avec les yeux ouverts et sans préjugé. Il était gourmand et gourmet, ma mère est très bonne cuisinière, c’est une belle femme aussi avec du caractère et de la conversation, il avait toutes les raisons de la fréquenter et nous les enfants, nous nous enrichissions de ces conversations. Je pense à lui aujourd’hui, car il était peut-être venu déjeuner un jour d’été pluvieux comme celui-ci.

culture, littérature. 2 commentaires.

Hawthorne / Harrison

3-08-2007. Par Marie Ferran.

(…) “Voici à présent près de deux siècles un quart que le premier émigrant anglais qui portait mon nom a fait son apparition dans la sauvage colonie bordée de forêts qui, depuis lors, est devenue une ville. Ici ses descendants sont nés et sont morts, mêlant au sol leur substance terrestre, si bien qu’il doit être apparenté pour une portion non négligeable à la forme mortelle sous laquelle, pour un petit temps, je déambule par les rues. En partie, par conséquent, l’attachement dont je parle n’est que pure sympathie sensuelle de la poussière pour la poussière.” (…)

Extrait de : La Lettre écarlate par Nathaniel HAWTHORNE, traduction de Pierre LEYRIS, ed. Le monde en 1018, 1963, p. 26.

En lisant ceci, je comprends d’où vient Jim HARRISON, ce qui n’enlève rien au charme de ses livres, au contraire, je n’ai pas encore lu le dernier paru en français, Retour en terre chez Bourgois http://www.christianbourgois-editeur.fr/auteurs/fiche-auteur.asp?num=78

Jim Harrison est un auteur contemporain que j’affectionne particulièrement. J’ai eu la chance de le rencontrer il y a plus de dix ans. Il était seul, assis derrière une pile de ses livres et personne ne venait lui demander de dédicace (cela a changé depuis). J’en ai profité pour discuter avec lui notamment de mon expérience de vie américaine dans l’Ohio (comme Hawthorne, un autre mot imprononçable pour un français!). Lui, c’est l’homme, le vrai, son physique impressionne comme Hémingway, costaud. Le genre de gars qui vit seul avec ses chiens dans la forêt sans craindre les ours ni les serpents, encore moins la solitude. Il y a son regard, le strabisme divergent provoqué par un accident qui a failli lui faire perdre la vie très jeune, regard tendre et fragile de bête traquée, la voix nasillarde. A l’époque de la rencontre, je ne l’avais pas encore lu, je lui ai acheté “The Woman Lit By Fireflies” (1991) un recueil de nouvelles dans lequel j’ai découvert le personnage de BD (Brown Dog) et son univers. Depuis, j’ai lu presque tous ses livres. J’aime son rapport sensuel à la nature, à la nourriture et là c’est un ogre, sa perception des femmes (je ne parle pas de son amour pour le striptease). Harrison est particulièrement aimé des femmes, des lectrices et jusqu’à présent, je n’ai pas réussi à convaincre beaucoup d’hommes de le lire. C’est dommage, il n’est peut-être pas trop tard pour vous y mettre!

culture. Un commentaire.

Mauvaise semaine, Bergman et Antonioni

31-07-2007. Par Patrick.

Mauvais temps pour les cinéastes et les cinéphiles. Bergman et Antonioni viennent de mourir. Ils sont morts âgés, très âgés - 89 et 95 ans - (l’activité intellectuelle conserve, Antonioni souffrait cependant d’aphasie depuis 1985. Cette maladie est le reflet tragique de ce qu’Antonioni a mis en scène dans son cinéma, la difficulté de communiquer, l’incompréhension ou plutôt le désintérêt pour l’autre) et laissent derrière eux une oeuvre dont on n’aura pas fini d’épuiser la richesse.

Dernièrement, Bergman avait ébloui avec Sarabande (2003), une réflexion sur la vieillesse, sans concession, trente ans après Scènes de la vie conjuguale (1973), avec les mêmes acteurs magnifiques - Liv Ullmann et Erland Josephson. Des couleurs jaunes, dorées, une image qui caresse les corps fatigués, toujours la violence rentrée, la dureté des rapports, la religion, la musique, la prosodie suédoise. Tant de films impressionnants, éprouvants, à la limite du supportable, mais tellement intelligents, qui explorent les méandres de l’âme et des rapports humains. Sans artifice, images brutes mais raffinées, dialogues cassants, situations inquiétantes dans lesquelles sont plongés les personnages, souvent contre leur volonté (Le Silence (1963), La Honte (1968)). On sent aussi que Bergman avait besoin d’être parmi les siens, dans son territoire, de filmer ses acteurs, les femmes, les hommes qu’il a aimés (la “déterritorialisation” qu’il a subie n’a pas engendré de grands films, cf. l’Oeuf du serpent (1977)).

Michelangelo Antonioni, l’esthète du cinéma épuré dans les milieux bourgeois, a aussi mis en scène le mal de vivre, la difficulté d’être et se situer, la désolation comme dans Désert Rouge (1974) - premier film en couleur du réalisateur -, avec Monica Vitti, dérive bourgeoise, incompréhension, actions décalées, impulsives. Le Amiche (1955), tiré d’une nouvelle de Cesare Pavese, autre grand (psych-)analyste de la perte de soi et du temps, du malaise. L’Avventura (1960) où la Sicile et ses îles sont magnifiées, baignées d’une atmosphère étrange, de perte et d’oubli de soi et de l’autre.

Les films sont là, à portée de tout le monde et resteront.

culture, cinéma. Un commentaire.

Le panorama de la bataille de Waterloo

29-07-2007. Par Marie Ferran.

Aujourd’hui, sous une pluie battante et glacée, un temps digne du 18 juin 1815, visite du Panorama de la bataille de Waterloo. Ce panorama, dispositif circulaire qui évoque les points forts du combat par, au premier plan, des sculptures de carton pâte de soldats et de chevaux morts et, au second plan, par une peinture exécutée par Louis Dumoulin a été inauguré en 1912. La peinture fait 110 m de long et 12 m de haut. La disposition très efficace permet au visiteur d’appréhender la bataille même sans connaissances particulières, il est plongé au coeur de la tourmente. Un bruitage puissant renforce cette impression de pagaille engendrée par le combat. La bataille s’est déroulée à la baïonnette ou au sabre, car la pluie avait rendu les fusils inutilisables. Seule la poudre des canons avait explosé ce jour-là.

Nous avons assisté par hasard à une démonstration d’artillerie en costumes d’époque et je crois que j’étais aussi impressionnée que les enfants par le bruit et la fumée du canon. Le bruit de la bataille, le bruit et la fumée de la mort.

Le panorama menacé de destruction pour son charme désuet et son inadaptation à un tourisme de masse habitué au cinéma Dolby stéréo-sound, aux sons et lumières, aux spectacles multimédias est pourtant utile pour faire comprendre l’horreur de la guerre aux enfants, les chevaux morts frappent l’imagination plus que les cadavres des soldats et, le paysage enfumé ne mène pas au paradis. L’empereur est très loin de la tuerie, à peine visible sur son cheval blanc alors que les fantassins représentés grandeur nature continuent de mourir à nos pieds.

La plaine de Waterloo est belle en toute saison, vallonnée, pas morne, les champs qui ont servi de sépulture à tous ces soldats sont toujours là et pourtant la terre ne crie pas, la pluie a lavé le sang, seuls subsistent quelques boutons d’uniforme ou quelques gardes de sabre, quelques pièces de métal qui continuent de remonter à la surface au passage de la charrue. Les terres sont restées agricoles parce qu’elles appartiennent au descendant du duc de Wellington. Le Lion de bronze tourné vers la France rugit du haut de sa butte, et “annonce le repos que l’Europe a conquis ici”.

Pour prolonger la réflexion je vous renvoie à Marc AUGE et L’impossible voyage. Le tourisme et ses images, Rivages poche, 1997. http://www.payot-rivages.fr/asp/fiche.asp?id=3177

culture. 3 commentaires.

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