Badlands - Terrence MALICK

30-10-2007. Par Marie Ferran.

Film de 1973 avec Martin Sheen (Kit) et l’irrésistible Sissi Spacek (Holly). L’histoire est basée sur un fait divers qui a secoué l’Amérique en 1957. Les deux jeunes gens cherchent refuge dans une nature qui ne pourra les protéger de rien. Les paysages et la qualité de l’image contrastent avec la cruauté de Kit ou plutôt son indifférence. Kit et Holly semblent ne rien ressentir de ce qu’ils vivent et ce sentiment d’étrangeté parfaitement rendu est fascinant.

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Walid RAAD

15-10-2007. Par Marie Ferran.

I feel a Great Desire to Meet the Masses Once Again- Part I

12-13 octobre 2007, Centre Pompidou, Festival d’Automne.

Spectacle composé de diapositives, d’un extrait de film et d’un récit par l’artiste présent sur scène. Né au Liban en 1967, Walid Raad vit et travaille aux Etats-Unis. Le “spectacle” commence par un récit auto-biographique de l’auteur sur son départ du Liban, son goût pour la photographie y compris celle des évènements violents et se poursuit par la description de son arrestation dans un aéroport, un contrôle de routine qui pourrait tourner au cauchemar à cause de la paranoïa de l’après 11 septembre qui sévit en Amérique. On a envie de rire puis on frissonne avec lui. Après cette aventure Walid Raad se lance dans des recherches très poussées sur une série d’arrestations arbitraires, enquête que les avions fantômes, les tortures et puis se rend compte que ces découvertes, cette réalité-là, il doit la dépasser, qu’un récit journalistique ne peut suffire à appréhender la réalité. Qu’il lui faut trouver un autre moyen pour parler de ces évènements. Un travail à venir et à suivre …

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Où est l’amour dans la palmeraie? Jérôme le Maire

12-10-2007. Par Marie Ferran.

Film diffusé (Maroc/Belgique, 85 min) hier en présence du réalisateur dans le cadre de la 16e quinzaine du cinéma francophone du 3 au 16 octobre 2007 au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris. Jérôme, sa femme et ses deux filles ont vécu dans une palmeraie isolée au sud du Maroc pour partager le quotidien avec les habitants et s’immerger dans une autre culture, peut-être trouver une autre manière de vivre. A partir de cette expérience, Jérôme construit un documentaire subtil et respectueux à la recherche de l’amour, de la notion d’amour dans la palmeraie pour les hommes et les femmes de différents âges. Cette quête mène à la rencontre d’une culture qui habituellement se livre difficilement et qui nous est donnée ici par touches avec fraîcheur, liberté, pudeur et franchise. Un film précieux à découvrir.
Site internet de Jérôme le Maire: www.douar-tajanate.com

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Performance avec Mick

10-09-2007. Par Marie Ferran.

Film anglais tourné en 1968 par Donald Cammell et Nicholas Roeg. Avec Mick Jagger, Anita Pallenberg et James Fox. Le film qui n’avait été distribué qu’en 1970 et sorti cette année en DVD, en février 2007. Il n’est pas vraiment question d’un chef d’oeuvre, mais pour celui ou celle qui, adolescent, a fantasmé sur Mick, c’est un évènement cette sortie en DVD, avoir Performance sous la main, impensable, le film était inaccessible, on en connaissait des photographies et des ragots de tournage: ils se droguaient pour de vrai, ils faisaient vraiment l’amour, etc. Finalement, je dois avouer que Mick m’a un peu déçue comme acteur, mais enfin si vous voulez changer d’époque et revenir à 68, les gangsters, les hippies, l’amour libre et la musique, l’ambiance, les foulards indiens, cela vaut le coup d’oeil. Il parait qu’il est fait référence à plusieurs reprises à Borges ! Les gangsters n’ont pas changé, ils étaient déjà extrêmement violents (voir Orange mécanique), craignaient de passer pour des tapettes alors qu’ils sont visiblement soumis à une attirance homoérotique, ils vivent entre hommes et le film joue de cette attirance-rejet entre Fox et Jagger. Il y a un jeu d’identités, d’identifications, de mise en abyme parfois difficile à suivre. Mick l’androgyne Rock star déchue, devient le truand, ou peut-être pas, mais il partage ses femmes. Les hippies ont changé, plus que les truands qui obéissent toujours aux mêmes codes, les babas sont moins cools, refroidis par le sida, les morts prématurées. Aujourd’hui, on veut vivre en bonne santé et garder le contrôle. Ne pas crever.
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Mauvaise semaine, Bergman et Antonioni

31-07-2007. Par Patrick.

Mauvais temps pour les cinéastes et les cinéphiles. Bergman et Antonioni viennent de mourir. Ils sont morts âgés, très âgés - 89 et 95 ans - (l’activité intellectuelle conserve, Antonioni souffrait cependant d’aphasie depuis 1985. Cette maladie est le reflet tragique de ce qu’Antonioni a mis en scène dans son cinéma, la difficulté de communiquer, l’incompréhension ou plutôt le désintérêt pour l’autre) et laissent derrière eux une oeuvre dont on n’aura pas fini d’épuiser la richesse.

Dernièrement, Bergman avait ébloui avec Sarabande (2003), une réflexion sur la vieillesse, sans concession, trente ans après Scènes de la vie conjuguale (1973), avec les mêmes acteurs magnifiques - Liv Ullmann et Erland Josephson. Des couleurs jaunes, dorées, une image qui caresse les corps fatigués, toujours la violence rentrée, la dureté des rapports, la religion, la musique, la prosodie suédoise. Tant de films impressionnants, éprouvants, à la limite du supportable, mais tellement intelligents, qui explorent les méandres de l’âme et des rapports humains. Sans artifice, images brutes mais raffinées, dialogues cassants, situations inquiétantes dans lesquelles sont plongés les personnages, souvent contre leur volonté (Le Silence (1963), La Honte (1968)). On sent aussi que Bergman avait besoin d’être parmi les siens, dans son territoire, de filmer ses acteurs, les femmes, les hommes qu’il a aimés (la “déterritorialisation” qu’il a subie n’a pas engendré de grands films, cf. l’Oeuf du serpent (1977)).

Michelangelo Antonioni, l’esthète du cinéma épuré dans les milieux bourgeois, a aussi mis en scène le mal de vivre, la difficulté d’être et se situer, la désolation comme dans Désert Rouge (1974) - premier film en couleur du réalisateur -, avec Monica Vitti, dérive bourgeoise, incompréhension, actions décalées, impulsives. Le Amiche (1955), tiré d’une nouvelle de Cesare Pavese, autre grand (psych-)analyste de la perte de soi et du temps, du malaise. L’Avventura (1960) où la Sicile et ses îles sont magnifiées, baignées d’une atmosphère étrange, de perte et d’oubli de soi et de l’autre.

Les films sont là, à portée de tout le monde et resteront.

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Boulevard de la mort - Quentin Tarentino

21-06-2007. Par Marie Ferran.

Boulevard de la mort ou Death proof, film d’épouvante et d’horreur de Quentin TARENTINO (1h50 min). Premier segment d’un dyptique appelé Grindhouse. Mike cascadeur psychopathe est incarné par un Kurt Russell particulièrement effrayant et ringard.

Les vraies héroïnes de Quentin sont les filles, les femmes. Elles sont belles, libres, potelées, musclées (il y en a pour tous les goûts) elles s’amusent se bourrent la gueule entre copines. Elles vivent dans des bleds (Texas, Tennessee), sortent dans boites de “red neck”. Donc, l’univers décrit ici n’est pas vraiment intellectuel, disons que nous sommes loin du quartier latin.

Cependant, ce qui m’intéresse dans le film — il faut pouvoir supporter la laideur de l’affiche et quelques scènes d’une violence spectaculaire et sordide — c’est la virilisation de la femme par Tarentino. Il nous avait déjà gâté avec Uma Thurman dans Kill Bill 1 & 2 et ici, il continue. Il nous offre de nouveaux modèles féminins à la fois sexys et durs. Je n’ai rien contre le sexe dit “fort”, au contraire j’aurais plutôt des faiblesses pour ce sexe là, mais la scène finale m’a fait éprouver une joie jusque là ignorée de moi et inquiétante.

Tarentino risque de rencontrer quelques problèmes avec son public — la salle était vide — essentiellement masculin traditionnellement intéressé par les poursuites de voitures, public qui risque quand même de sortir de ce film légèrement effrayé par cette nouvelle catégorie de femmes ici mises en scène.

Boulevard de la mort - un film Grind House - Rosario Dawson

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Cocorico! Monsieur Poulet

13-06-2007. Par Marie Ferran.

Road movie franco-nigérien de Dalarou (pseudonyme pour Damouré Zika, Lam Ibrahim Dia et Jean Rouch) sorti en 1974. Ce film est maintenant accessible en DVD: (http://www.editionsmontparnasse.fr/ID852/DVD/documentaires/histoire-societe/
les-collections/le-geste-cinematographique/jean-rouch-cocorico-monsieur-poulet.html)

Lam est le propriétaire d’une camionnette 2CV qui a connu des jours meilleurs. Il part dans la brousse avec son assistant Tallou pour acheter des poulets pour les revendre en ville. Sur le chemin du départ, ils rencontrent Damouré, un beau parleur attiré par cette opportunité professionnelle et l’emmènent avec eux. Partis pour un jour, ils voyageront plus d’un an. Les poulets, ils n’en trouvent pas, du moins pas au début, mais ils rencontreront bien des surprises, y compris un diable sous les traits d’une femme.

L’idée de départ de Lam pour le film était un documentaire sur son travail de marchand de poulets. Finalement le film s’est transformé en fiction rythmée par les pannes et hoquets de la voiture. Jean Rouch dans un commentaire dit qu’ils riaient tellement que leurs fous rires les empêchaient de travailler. Ce film est réjouissant et les protagonistes d’une ingéniosité à vous couper le souffle. Ils ne se plaignent jamais, trouvent toujours des solutions à des problèmes insolubles comme le passage de la voiture sur le fleuve Niger. Rien n’est triste, ni misérable, face à l’adversité, une leçon d’humanité avec ses petits travers aussi, on est pas dans l’idéalisation, les obstacles sont simplement affrontés au cas par cas et on repart toujours, avec un optimisme à toute épreuve, sans naïveté.

Le DVD comprend également deux documentaires de Jean ROUCH, ethnologue français, élève de Griaule, disparu il y a quelques années:

Bataille sur le grand fleuve (1950, 33 min)

Un film sur la chasse aux hippopotames par les pêcheurs Sorko du fleuve Niger. Ce documentaire est fascinant et d’une grande force. La technique de chasse montrée rejoint celle de la chasse à la baleine décrite avec force détails dans Moby Dick. La préparation des harpons, de la grande pirogue qui doit résister aux morsures du cheval des fleuves, l’approche de l’animal par les frêles pirogues, les attaques aux harpons lestés de cordes avec flotteurs et les coups fatals avec une plus grande lance dans la tête de la bête immense qui se débat jusqu’à son dernier souffle dans des giclées de sang.

Il faut imaginer que Jean Rouch était dans une de ces pirogues et qu’il était limité par sa caméra, des plans je crois de 25 secondes, donc impossible de filmer le tout en un seul plan comme avec une caméra digitale.

Cimetières dans la falaise (1951, 18 min)

L’ethnologue a eu le privilège d’assister à un enterrement au pays Dogon. La scène est belle, poignante, le paysage impressionnant et le rite chargé de sens.

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Le Feu follet de Louis Malle

7-06-2007. Par Marie Ferran.

Un drame d’après Pierre Drieu La Rochelle, avec Maurice Ronet et une musique d’E. Satie. Un bijou sorti dans les salles en 1963. Rarement vu un film d’une telle perfection!

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Route One / USA par Robert Kramer

5-12-2006. Par Patrick.

Robert Kramer est un cinéaste engagé américain dont le travail, très personnel, ne se situe ni du côté d’Hollywood ni du côté expérimental. Il qualifie lui-même son travail d’oeuvre en devenir - “one ’story’ in a continual process of becoming”. Dans les années 80, il s’est installé à Paris. Il est mort soudainement en 1999 à l’âge de soixante ans.

Route One / USA est un documentaire qui mêle une certaine fiction à la réalité. Le film est un montage de séquences prises dans plus de 65 heures de tournage. La Route One est une de ces routes mythiques des Etats-Unis, celle qui longe la côte Est des Etats-Unis du Maine à Key West. Le cinéatse suit un homme, un médecin (”Doc”),qui revient dans son pays après avoir passé des années en Afrique. Doc décide de suivre la route afin de se reconnecter, de sentir son pays à travers les paysages et les gens. Désabusé, mélancolique, il retrouve ici et là certaines de ses connaissances ou des lieux qu’il a fréquentés, jeune. Il n’y a pas d’explications réelles ou didactiques, pas de temporalité (les images peuvent donner une indication de la saison), pas de conclusion. Le travail est en marche, work in progress. Doc est un personnage attachant, profond, à l’écoute des personnes qu’il rencontre, quelle que soit leur condition, l’alter-égo de Kramer, tel qu’il le dit lui-même. A ma surprise, Doc est un personnage de fiction complet. L’acteur, Paul mcIsaac est remarquable de sobriété.
Robert Kramer, à découvrir ou redécouvrir, loin des sentiers battus. Voir le site windwalk.net à son propos.

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