pères dus
Lecture spectacle avec Antoine Doignon, Laurent Gernignon, Claire Puygrenier, Isabelle Silvestri, Gilles Trinques. Mise en scène et montage des textes par Blandine Baudrillart.
Le spectacle a été composé à partir de textes de Jean-Claude Grumberg qui évoque son père absent, son manque de père, déporté pendant la guerre. Blandine Baudrillart y a mêlé d’autres témoignages de fils de juifs déportés tissés à ceux d’enfants de dirigeants nazis. Il est joué dans des appartements et a été monté grâce à l’enthousiasme des artistes, de vrais professionnels qui arrivent à nous faire rire malgré le tragique thème de départ. Très belle initiative, spectacle de qualité qui n’est pas sans résonances avec le spectacle RUHE, de Josse De Pauw que nous avons vu cet automne et commenté ici.
Pour information: blandinebaudrillart [at] wanadoo.fr
Anciens combattants
Lu sur 20min.fr “17 anciens combattants américains se suicident chaque jour”. Dans “Terrasse” j’avais imaginé un rescapé de la guerre d’Irak et j’avais évoqué les problèmes des soldats survivants, mais je n’aurais jamais imaginé un chiffre aussi vertigineux!
Ombres d’amours en rêve - Corinne BAYLE
Très beau livre de Corinne Bayle. Une errance à Saint-Pétersbourg de musées en églises, de paysages en tableaux. Un livre d’une grande pudeur rempli de rêves et de mélancolie, érudit et sensible. L’érudition ne pèse pas, les œuvres sont de très chères amies. L’écriture est belle, chargée de couleurs grises, métalliques, blanches.
Corinne Bayle a publié notamment un premier récit de fiction intitulé Rouges Roses de l’oubli (Champ Vallon, collection « recueil » (2001). À paraître, une biographie de Gérard de Nerval pour les éditions Aden en 2008.
Éditions du Noroît, collection « Chemin de traverse », Montréal, 2007.
Distribution en Europe :
Librairie du Québec
30 rue Gay-Lussac
75005 Paris
liquebec@noos.fr
Alain Mabanckou cède la parole à Dany Laferrière
Dans un article intitulé Autopsie d’un discours Dany LAFERRIERE, auteur notamment d’un livre indispensable qui s’intitule Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, revient sur le discours de Dakar déjà évoqué ici et prononcé par notre président. Son commentaire est subtil.
Entendu ce matin l’auteur de ce discours, la plume, Henri Guaino, invité de Nicolas Demorand sur France Inter. Totalement affligeant car cet homme, conseiller spécial du président, n’a aucune conscience de véhiculer des idées, des valeurs coloniales, post-coloniales. Pour lui tout est normal, bonne foi et franchise, presque vexé qu’on lui reproche quoi que ce soit, particulièrement fier de ce qu’il dit! C’est consternant et inquiétant, car je me demande comment on en arrive là, à savoir, comment l’histoire récente est enseignée, sous quelle forme ? Par quelles voies les idées sur l’Afrique de Monsieur Guaino sont-elles véhiculées ?
Moby Dick
Moby Dick m’a sauvé la vie ! Un billet de Myosotis sur fluctuat.net.
Périphéries
En surfant, je suis tombée sur un entretien intitulé : La littérature est un salut individuel, du critique et écrivain Bertrand LECLAIR. Critique littéraire aux Inrockuptibles puis à la Quinzaine littéraire, il a notamment publié un essai intitulé L’Industrie de la consolation aux éditions Verticales.
Périphéries, le site qui publie cet entretien est édité par Mona CHOLLET et Thomas LEMAHIEU, on y trouve d’intéressants portraits d’artistes et d’écrivains.
Marie Darrieussecq
La romancière sera demain l’invitée des Matins de France Culture (mercredi 5 septembre 2007). En attendant la courte chronique de la psychanalyste Caroline Eliacheff sur le plagiat psychique toujours sur la même radio (ce matin) est très intéressante.
Je pense que je l’ai échappé belle avec “Terrasse“, j’aurais pu tomber sur un père qui m’aurait accusée d’avoir volé sa douleur. Plus sérieusement, j’ai vécu un moment de grand désarroi, extrêmement pénible quand un couple d’amis a perdu son fils unique dans un accident peu après la sortie de mon livre, je me suis sentie très mal à l’aise vis-à-vis d’eux.
Je travaille actuellement à mon nouveau roman qui prend de multiples directions et je n’ai pas encore lu les nouveautés de la rentrée, car la lecture de mes contemporains me trouble quand je suis dans l’écriture.
La mort de l’enfant, thème littéraire?
Le thème est à la mode dans la littérature de cette rentrée. Il n’est pas certain qu’il faille parler de mode encore moins d’écriture thérapeutique. Lorsque, il y a trois ans, j’ai commencé à écrire mon premier roman « Terrasse » ( que j’avais appelé « Descendance ») dans lequel il est question de la mort d’un enfant, d’un garçon de deux ans et du deuil de ses parents, plus précisément du deuil du père, je n’ai pas choisi ce thème, il s’est imposé à moi. Je me devais d’en parler, j’étais hantée par cette histoire bien réelle d’un enfant noyé dans l’eau d’une poubelle et cela pour des raisons précises qui sont les miennes et qui me regardent, je n’ai pas à les étaler. Essayer de trouver des paroles pour décrire l’innommable. La mort reste la mort, celle du frère, celle du fils, faudrait-il quantifier la douleur ? Comment ne pas en parler, d’une manière pudique, détournée avec une intrigue de roman noir ?
Encore une fois comme dans mon billet sur Mazarine Pingeot, je revendique le droit à la fiction, le droit de parler de tout. Georges Bataille évoqué ci-dessous est un grand exemple de l’écriture libre, transgressive. Il ne faut pas tuer pour parler de meurtre, tout le monde sait cela et comme Gilles Deleuze, le disait, il n’est pas nécessaire de prendre de la drogue pour en parler. Alors, cette querelle d’écrivaine dont le Monde fait écho, de celle qui a perdu un enfant et pas l’autre, est bien pathétique et mauvaise pour la littérature en général. Il faudra probablement un jugement de Salomon.
En attendant, je peux vous affirmer qu’écrire sur la mort d’un enfant ne vous met à l’abri de rien, au contraire, surtout quand vous avez vous même des enfants, que la fiction vous fragilise et que lorsque vous vous retrouvez face à un lecteur ou un journaliste sa première question est toujours biographique. Avez-vous ? … Je peux répondre évidemment : « non pas encore ! » pour piéger habilement mon interlocuteur. Mais ce n’est ni drôle, ni intéressant.
La mort est au cœur de toute création, il est banal de le dire, la mort appartient à tout le monde et celle d’un enfant est la plus cruelle. Il n’est pas question de jouer de cela, ni d’en faire un fond de commerce, l’auteur n’a pas à justifier son sujet.
Bataille, la beauté de la mort à Vézelay
Vézelay. Lente approche du lieu presque mythique. Avec un but, rendre hommage à Georges Bataille, qui a résidé dans la ville, près de la basilique Sainte-Marie-Madeleine. Il y est enterré. Bataille à Vézelay ? Ce haut lieu de la spiritualité occidentale, où Saint-Bernard a appelé à la deuxième croisade en 1146, a aussi accueilli ce grand mystique qu’était Bataille. L’écrivain a eu droit à un enterrement simple, non religieux, avec seuls des “paysans” pour l’accompagner.
Le village est rendu aux piétons. La montée vers la basilique se fait par la rue Saint-Etienne qui devient la rue Saint-Pierre et qui débouche sur le parvis. Cette rue centrale est bordée de magasins de souvenirs, de breloques, de vins de pays, le plus cocasse étant la boutique d’un créateur de mode dont les réalisations sont mises en évidence par des photos de mannequins masculins et féminins en extase, très ‘70. L’office du tourisme nous donne un petit plan photocopié indiquant l’endroit de la tombe de Bataille, avec l’immanquable note d’humour, vous trouverez l’entrée du cimetière, elle est à côté des toilettes (je suis certain que la trilogie pisse, cadavre et religion aurait plu à Bataille). A l’endroit où la rue Saint-Etienne devient Saint-Pierre, il y a un café dont les parasols affichent fièrement une marque de bière, Loburg.

En face du bar, la petite maison modeste où a habité Bataille. Une voisine accoudée à la fenêtre de la maison d’à côté m’a dit que la maison était occupée par un autre écrivain qui préparait un travail sur Vézelay. Je n’ai pas compris le nom. Cependant, la porte d’entrée est surmontée d’un joli nid, duquel coule la fiente. Une fenêtre est néanmoins ouverte au premier.
La rue principale est remplie de touristes (que nous sommes aussi d’ailleurs). Ils ne s’écartent guère du chemin tracé vers l’apothéose. En partant à gauche du bar et en longeant la maison de Bataille, on passe devant une belle demeure avant d’arriver à la maison splendide de Jules Roy, dans l’ancien clos du couvent des Ursulines, à deux pas de la basilique.
On ne peut pas ne pas rentrer dans la basilique dont le double portail est caractéristique. Le lieu est baignée d’une lumière douce, intense, qui se reflète dans la pierre blanche. L’art roman dans son dépouillement et sa splendeur. Pas d’artifice, ni de froideur. Je me souviens y avoir vu lors d’une première visite une nonne couchée face contre terre les bras en croix dans le transept. Vision théâtrale de la foi dans un lieu réinvesti par une communauté charismatique, les Fraternités de Jérusalem.
Mais ce qui nous intéressait particulièrement, c’était de voir comment Vézelay a pu accueillir Georges Bataille dans son sol. En nous rendant dans le cimetière en contrebas à gauche de la basilique, nous nous sommes retrouvés complètement seuls. Un cimetière n’est pas forcément le but d’un voyage touristique, pour la plupart des gens. Cependant, il est plus que surprenant de nous retrouver si seuls à quelques mètres à peine des cars et du flot. Nous avons pu ressentir toute la beauté du site, de la campagne alentour. Il y a en fait deux cimetières, le moderne et l’ancien. La distinction est relativement peu visible. Bataille est enterré dans la partie moderne, non loin de la fosse commune, peut-être notre fin à tous. Sa tombe est simple, très simple, pierre sombre, marquée par les mousses, on y a apposé son nom, son année de naissance et celle de sa mort, 1897 - 1962.

Quelqu’un y avait déposé dessus quelques cailloux en cercle avec un bout d’if à l’intérieur. Il n’était pas question de faire de l’idôlatrie mal placée, mais plutôt de rendre silencieusement et modestement hommage à un écrivain important, dont le travail difficile est une source de réflexion autant que d’interrogation sur notre condition d’homme. Sans oublier le rire démoniaque que peut provoquer les outrances qu’il a mises en scène dans certains de ses romans.
Plus bas, le cimetière ancien où les herbes folles recouvrent la plupart des tombes dont les croix ou les pierres jaillissent, bancales. Un endroit dont la beauté invite à la méditation et rend certainement la mort plus douce.

Même au milieu de l’agitation frénétique du tourisme de masse, il existe encore des lieux secrets, à deux pas du flot continu, pour celui qui refuse de se laisser guider.
Le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar
Un article publié dans Libération hier, lundi 13 août, dans les pages Rebonds, a retenu mon attention. Il est signé par Véronique TADJO, romancière qu’il m’a été donné de rencontrer il y a plusieurs années déjà à Naïrobi. Cette jeune femme m’avait impressionnée par la vivacité de sa conversation, à l’époque je n’écrivais pas encore et elle était un beau modèle.
Ne nous laissons pas distraire par les caprices de la première dame de France et encore moins par les commentaires sur le style vestimentaire du président dans nos grands journaux. Ne nous laissons pas endormir par le rythme ralenti des vacances, car l’heure est grave.
Je vous encourage à juger par vous même et prendre un peu de temps pour lire l’allocution de Nicolas Sarkozy à l’université de Dakar.
J’ai honte pour la France. Mais la France s’en fout, c’est terrible, je préfère les bouffonneries de Monsieur Leterme qui pense que La Marseillaise est l’hymne national de son, de mon, royaume.
Je vous livre un extrait pour vous donner l’eau à la bouche, j’ai choisi à dessein un passage où il est question d’art puisque c’est cela qui nous occupe :
(…) « L’art moderne doit presque tout à l’Afrique. L’influence de l’Afrique a contribué à changer non seulement l’idée de la beauté, non seulement le sens du rythme, de la musique, de la danse, mais même dit Senghor, la manière de marcher ou de rire du monde du XXe siècle » (…)
Je m’arrête là, mais le paragraphe suivant est encore pire — Ya bon Banania ! — il y est question de l’âme africaine, en toute simplicité !
On est en plein paternalisme triomphant, je me demande comment c’est possible aujourd’hui de composer un texte avec de tels clichés. Affligeant, il manque peut-être aussi quelques remarques sur la femme africaine qui bouge bien quand elle fait l’amour, sur la forêt vierge, sur l’Africain qui ne souffre pas comme nous, qui est heureux avec trois fois rien ? Un vrai enfant, mais ça le Président l’a dit !
Je me souviens d’une exposition passionnante qui s’appelait « Le Noir du Blanc » dans laquelle on voyait notamment les publicités pour Benetton « United Colors » qui étaient soi-disant faites pour encourager l’amitié entre les peuples, les couleurs et les gens, mais qui en réalité étaient encore le reflet de cette vision stéréotypée du noir joyeux et sympa. Toujours le même malentendu.
Pour prolonger la réflexion je vous renvoie aux derniers billets du Blog d’Alain Mabanckou. Notamment à l’analyse du discours par Achille Mbembe.