Bayreuth en direct

30-07-2007. Par Patrick.

Le temple de la musique wagnérienne à Bayreuth est inaccessible pour le tout venant sauf à s’armer de patience. Chaque année il y a dix fois plus de demandes que de places disponibles. Donc liste d’attente, 5, 10 ans.

Mais Internet aujourd’hui peut faire résonner la musique tétralogique dans toutes les chaumières à haut débit. Il suffit de se rendre sur operacast.com, un site qui répertorie les possibilités de diffusion en direct de concerts à travers l’Europe et plus. Et donc en ce moment Wagner, son Ring, Siegfried et les Filles du Rhin, les Walkyries, et les Dieux qui vont s’anéantir, Parsifal et sa table ronde peuvent être écoutés par exemple à partir d’une radio hongroise, Bartok Radio. Belle qualité de son. Il n’y a pas encore l’image, mais les possibilités du réseau sont infinies. Ceci dit, ça ne remplace pas encore l’expérience physique de la scène, de la musique et des voix.

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Krystof Warlikowski

14-05-2007. Par Marie Ferran.

A écouter, l’entretien du metteur en scène de L’Affaire Makropoulos, (l’opéra de Janacek évoqué hier) sur France Culture ici.
Warlikowski a réussi le pari du spectacle total.

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L’affaire Makropoulos

13-05-2007. Par Marie Ferran.

Opéra en trois actes de Leos JANACEK d’après la comédie homonyme de Karel CAPEK (1922). A l’Opéra Bastille jusqu’au 18 mai.

Un opéra à découvrir pour sa musique comme pour le thème du livret: C’est la brièveté de la vie qui en fait son prix.

Une femme, contrainte d’avoir bu un filtre magique, vit depuis plus 300 ans. Le mythe de l’immortalité est habilement introduit par des extraits de films qui commencent avec la mort de Marilyn Monroe, puis qui la présentent radieuse et sensuelle. Cette technique, qui dans un premier temps m’avait agacée par son côté immédiatement séducteur, s’est avérée efficace et l’Emilia Marty incarnée admirablement par Angela DENOKE n’a rien à envier aux stars hollywoodiennes (la voix en plus). L’opéra est également ponctué d’extraits du Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard) avec Gloria Swanson, star déchue du muet vivant dans le fantasme de son grand retour sous les projecteurs. Une réserve cependant pour ce King Kong grandeur nature qui a mon avis, n’a pas grand chose à faire ici, si ce n’est d’accentuer le mythe hollywoodien de la monstrueuse séduction. Des réserves aussi pour la scène située dans les toilettes, la star assise sur la cuvette, l’homme se trainant devant les urinoirs. Cette scène ne choque probablement plus personne (et encore sait-on jamais!) et me semble inutile à la beauté des voix et de la musique.

L’affaire Makropoulos est à voir, à écouter, à lire. L’écrivain Tchèque Karel CAPEK (1890-1938) spécialisé dans la science fiction naissante est notamment à l’origine du mot robot (RUR) et passionné par l’homme-machine et l’homme immortel.

Sur le site de l’Opéra national de Paris, vous trouverez, outre les informations pratiques complètes, un texte à lire avant de réserver pour le spectacle: http://www.operadeparis.fr/Saison-2006-2007/A-lire.asp?Id=1018

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Bartok, le Château de Barbe-Bleue

27-01-2007. Par Patrick.

Première à l’Opéra de Paris - Garnier hier soir du Château de Barbe-Bleue (A Kékszakallu herceg vara) de Bartok, avec en prélude Journal d’un disparu, le cycle de 22 chants de Janacek. Mise en scène par le collectif catalan Fura dels Baus et dirigé par Gustav Kuhn.

Il est difficile de retranscrire l’émotion qui saisit le spectateur tout au long de l’opéra de Bartok parfaitement mis en scène par la Fura, et soutenu par la belle voix de Willard White, tout en finesse et retenue, profonde et calme, partageant la tension dans laquelle le personnage se trouve, entre l’amour à Judith et le terrible secret qu’il porte. Béatrice Uria-Monzon, Judith, est belle, incarne la fraicheur et l’innocence, dans sa robe blanche, transfigurée par son amour à Barbe-Bleue, mais aussi travaillée par une inquiétante étrangeté qui la mène à une fin qu’elle sent inéluctable. Les portes s’ouvrent les unes après les autres. La dernière est-elle l’interdit ultime, auquel Judith ne peut accéder qu’après s’être donnée à son mari et consentir au sacrifice. Sexe et mort, sang et innocence, Bartok et Bela Balazs, le librettiste, ont transcendé le conte de Perrault pour lui en retirer ses aspects moraux et rendre la noirceur des tourments qui agitent Barbe-Bleue. La musique est somptueuse, purement sensuelle, sans hystérie aucune, ni effet déplacé. Les voix se mêlent avec les belles nappes des cordes, les hautbois et les clarinettes scandent par moments l’action, qui prend alors un aspect presque de rituel. On ressort bouleversé par ce moment intense de musique et de chant, superbement soutenu par la vision imagée et poétique de la Fura. L’expérience en direct de l’opéra prend tout son sens dans ce spectacle, l’émotion est clairement véhiculée par la présence dans un même lieu de tous les intervenants. C’est un opéra sensuel et physique.

Le cycle de Janacek donne à entendre une musique subtile, se dépliant bien au fil des chants et d’une action poétique qui laisse à l’imagination suffisamment d’espace pour flotter. En revanche, la mise en scène ici n’a servi ni la musique ni les chanteurs, malheureusement.

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George Benjamin et le joueur de flûte de Hamelin, “Into the little hill”

25-11-2006. Par Patrick.

Un opéra de chambre pour une contralto, une soprano et petit ensemble (Ensemble Modern sous la direction de Franck Ollu, excellent de rigueur) a été donné hier soir à l’Opéra Bastille. George Benjamin est le compositeur et Martin Crimp, dramaturge, l’auteur du livret ou plutôt d’un Text for music.

Le sujet est tiré de la légende du joueur de flûte de Hamelin, en Allemagne. Le joueur accepte d’aider le village à se débarrasser de rats qui l’envahissent en échange d’une récompense. Il joue de la flûte et les rats, hypnotisés, le suivent pour se jeter à l’eau et se noyer. Le joueur réclame alors sa récompense qui lui est refusée. Il attire alors par sa musique les enfants des citoyens de Hamelin dans une grotte de la colline qui se referme à jamais sur eux. Musique, enchantement, déni de promesse, étranger.
Dans le livret de l’opéra, c’est la foule qui demande au ministre de se débarrasser des rats s’il veut être réélu. L’étranger, un homme au visage lisse, sans yeux, sans bouche, sans oreilles, propose son aide en échange d’argent, que le ministre promet sur la tête de sa fille. Le village libéré des rats, le ministre est réinvesti. L’étranger vient demander son dû mais est éconduit par le ministre. L’étranger fait entendre à nouveau sa musique, les enfants disparaissent sous terre, vers une lumière aveuglante. Thème politique avec le refus d’honorer ses promesses, en s’appuyant sur une vision court-terme. Quelque part nous nous retrouvons dans un thème proche aussi du poème terrifiant de Goethe, le Roi des Aulnes (Erlkönig) où l’enfant sent un danger que son père ne comprend pas. Ces thèmes résonnent étrangement dans le contexte politique actuel.

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UbuWeb, un trésor de films, de sons et de textes d’avant-garde

23-11-2006. Par Patrick.

Le Web devient une base de données. Les coûts de stockage et de diffusion sont de moins en moins importants et l’accès au réseau est fourni au plus grand nombre. Au-delà des sites à grande consommation, il existe dorénavant des endroits qui se concentrent sur des thématiques plus confidentielles ou pointues. Le web redonne à nouveau accès à ces thématiques. De quoi parle-t-on par exemple ? D’un site comme UbuWeb.

Ce site est un cas d’étude pour une extension de ce que Chris Anderson a décrit avec sa théorie de la “Long Tail” (la trainée longue). En quelques mots, UbuWeb propose du contenu rare, difficilement trouvable dans les circuits traditionnels. Ce contenu n’intéresse pas le marché de masse. UbuWeb s’adresse donc à un marché niche, mais veut être le plus exhaustif possible. Cette exhaustivité fait qu’UbuWeb peut intéresser malgré tout un ensemble important de personnes, dispersées sur la planète, sur des sous-thèmes précis. Et seul le web peut favoriser cette rencontre.

UbuWeb est une véritable mine pour qui est intéressé par ce qu’on a appelé l’avant-garde artistique et littéraire. UbuWeb collecte des films, des vidéos, des textes, des enregistrements et les propose en ligne. UbuWeb est géré par une association sans but lucratif de droit américain.
Il est impossible de recenser toute la matière qu’UbuWeb propose tant elle est riche. Cela va de films d’artistes ou de réalisateurs (Vertov, Genet, Beckett, Calder, Beuys, Bunuel, Varèse, Clair, Epstein, etc.) aux enregistrements d’entretiens d’écrivains, de poètes ou de pièces de théâtre (Aragon, Barthes, Kerouac, Jackson McLow,…) aux textes rares.

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Messiaen, Ferneyhough, Debussy, Varèse à Pleyel 18 novembre 2006

19-11-2006. Par Patrick.

La pièce de Debussy jouée à Pleyel aujourd’hui est une orchestration réalisée par Hans Zender de cinq préludes tirés du cycle des préludes pour piano. Le travail de Zender amène plusieurs réflexions sur justement la transcription ou l’arrangement, le travail sur un matériau fini, qui n’est plus en devenir. D’abord, Debussy a écrit son cycle des préludes pour piano seul. Même s’il envisageait de prendre ce matériau pour écrire des pièces de plus grande envergure (des préludes à …), il n’a pas laissé d’esquisses ou de traces de ce travail en devenir. Debussy reconnaissait aussi le caractère intimiste des préludes qui, pour certains d’entre eux, ne devraient être joués qu’ “entre quatre yeux” (Wolfgang Fink). Zender se risque à orchestrer ce qui constitue déjà à mon sens un tout auto-suffisant. Il ne se permet aucune modification formelle à la partition originale et travaille uniquement sur la couleur donnée par un ensemble instrumental plus vaste. Résultat: au-delà d’un exercice probablement bien mené, académique, Zender n’apporte rien de plus que ce que déjà à lui seul un prélude joué au piano peut donner, suggérer et amener à rêver. Je dirais même qu’il retire la dimension clairement poétique et parfaite de la composition originale. Son travail n’est pas celui, fascinant et réussi, que Luciano Bério a fait en s’emparant de morceaux inachevés pour y incruster et marier ses propres compositions (Rendering par exemple sur Schubert).
Il ne s’apparente pas non plus à l’oeuvre en développement permanent (”work in progress”) qui est la marque de Pierre Boulez par exemple. Mais il est vrai que les compositeurs ont transcrits de tout temps des oeuvres de leurs prédecesseurs. Cependant leur but ultime, souvent conscient, parfois inconscient, était d’en faire finalement presque une de leurs compositions propres tant le résultat s’apparentait plus à leur style qu’à celui du compositeur de départ. C’est ce que Zender n’a pas réussi. On pourrait étendre ces remarques à d’autres domaines dans l’art, mais la réflexion nous mènerait trop loin pour un simple billet ici. Pour prolonger, lire Peter Szendy qui développe les thèmes de l’arrangement et de la traduction dans Ecoute. Une histoire de nos oreilles. Ed. de Minuit, 2001. Chapitre Ecrire ses écoutes: arrangement, traduction, critique.

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Steve Reich & Musicians, Cité de la Musique 14 novembre 2006

15-11-2006. Par Patrick.

Steve Reich était hier au soir à la Cité de la Musique pour un concert avec son ensemble. C’est toujours impressionnant de voir et d’écouter cet ensemble qui allie la maîtrise technique et musicale avec une évidente joie de jouer. Un programme en deux temps : une création française, Daniel Variations, en hommage à Daniel Pearl, et Music for 18 musicians, une pièce composée entre 1974 et 1976. Salle pleine.

Daniel Variations tient ses promesses jusqu’à mi-parcours; la combinaison classique des voix, d’une trame rythmique solide et percussive et d’un quatuor à cordes donne toute son ampleur à l’émotion suscitée par la tragédie de Pearl. On ressent un certain relâchement dans la seconde moitié de l’oeuvre, notamment dans la moindre richesse des variations et rythmiques et mélodiques.

Le morceau joué après l’entracte, Music for 18 musicians, montre à quel point Reich maîtrise le rythme et que même si le morceau a été créé il y a trente ans, il est en plein dans notre modernité. Savante combinaison de thèmes se déployant et s’enrichissant sans cesse suivant des schémas bien réglés. Nappes de percussions (marimbas, vibraphones, xylophones, pianos, maracas) soutenues par deux clarinettes basses ou en si bemol agrémentées d’un violon et d’un violoncelle qui jouent alternativement des lignes mélodiques courtes en croissance ou un soubassement sonore répondant en écho aux percussions. Ce morceau est empreint d’énergie, d’optimisme et de sonorités qui touchent le corps physiquement. Mais ce n’est pas que la partition qui dégage ces qualités, c’est aussi cet ensemble de musiciens qui ont non seulement montré leur talent mais ont surtout transmis leur énergie et leur passion au public enthousiaste.

Je vous enjoins d’écouter le mouvement d’introduction sur le site de Reich ici (www.stevereich.com).

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